Historique de l'eau en France

AUPARAVANT PRENONS DE L'ALTITUDE ET REMONTONS LE TEMPS !
Lors de la formation de la terre, il y a plusieurs milliards d’années, l’eau recouvrait pratiquement toute la planète « terre » sauf le continent unique appelé "La Pangée".
Aujourd’hui la « terre » c’est :
- un âge respectable de 4,6 milliards d'années environ,
- un diamètre de 12756 km
- 30% de la surface recouverte par les continents et 70% par les mers et océans ( 360 millions de km2 )
- un volume d’eau (et glace) estimé à 1345 millions de km3 soit un cube de 1100 km de côté !!! Ce volume ne varie pratiquement pas.
- 97.2% de cette eau est salée et 2.8% est douce. Ces 2,8% se répartissent en 2,15% pour les glaces polaires, 0,63% pour les eaux souterraines et 0,02% pour les eaux de surface.

L'eau dont nous allons parlé sur ce site représente donc environ 0,65% de l'eau qui se trouve sur la terre. Ca ne fait pas beaucoup !


La terre à l'origine, avec un seul continent :" La Pangée"
partout ailleurs, il y a de l'eau
(site original)

BILAN D'EAU DE LA FRANCE
Il a été répertorié en France 200 aquifères régionaux qui renferment 2000 milliards de m3 d'eau dont environ 100 milliards s'écoulent annuellement vers les sources et les cours d'eau.

Les eaux souterraines n'existent qu'à travers les vides des roches : petits espaces entre grains, porosité de la matière, fissures. C'est en saturant ces vides qui communiquent entre eux qu'elle constitue des nappes et peut s'écouler lentement. Les volumes peuvent être énormes : si traditionnellement on parle de flux pour l'eau des rivières, on parle de stock pour les nappes dont le renouvellement est lent et partiel : 5% par an en moyenne (1)

Actuellement env. 7 milliards de m3/an sont puisés dans les nappes d'eau souterraine avec la répartition suivante :
-- 59% pour les besoins domestiques, (source Agence de l'eau - page 11)
-- 18% pour les besoins agricoles,
-- 23% pour les besoins industriels, (non compris les centrales nucléaires)

(1) de Thierry Pointet


Graphique du bilan d'eau de La France
(site original BRGM)

RAPPEL DES PRINCIPES DE BASE DE L'HYDRAULIQUE
-- L'eau s'écoule par gravité,
-- La surface libre d'un liquide au repos est horizontale,
-- Les surfaces libres d'un liquide placé dans des vases qui communiquent entre eux sont dans un même plan horizontal,
-- Pour monter l'eau au dessus de son point de prélèvement, il va falloir utiliser de l'énergie + un moyen mécanique plus ou moins sophistiqué pour déplacer l'eau entre son point de départ et son point d'arrivée (voir ci-après dans "les techniques").

L'HISTOIRE
DE LA PREHISTOIRE A LA FIN DE L'EMPIRE ROMAIN

Depuis l'apparition de l’homme, ses déplacements, puis son implantation ont été conditionnés par ses possibilités d’approvisionnement en eau. Il s’abritait essentiellement à proximité des cours d’eau qui lui permettaient également de se nourrir en pratiquant la pêche.
Chaque civilisation antique développait en fonction des contraintes du climat et du lieu où elle se trouvait, des techniques hydrauliques pour résoudre ses problèmes.
Il semble que ce soit la civilisation égyptienne qui mis en œuvre les premières applications hydrologiques en pratiquant l’irrigation des cultures.
Ci-dessous quelques points de repère.
-- en 6000 av J.C. : trace de puits en Mésopotamie,
-- en 2500 av J.C. : pose de tuyaux en terre cuite par les Crétois pour amener l’eau aux habitations,
-- en 1600 av J.C. : réalisation d’une citerne en mélèze en Suisse,
-- en 300 av J.C. : l’aqueduc Aqua Appia amène l’eau dans Rome après la réalisation de canaux maçonnés
-- en 250 av J.C. : invention de la vis comme système de relevage de l’eau,
-- en 100 av J.C. : mise en place de norias sur les puits pour monter l’eau à l’aide de godets.

Comme à Olbia à Hyères, les Grecs construisirent des puits ou dérivèrent des sources locales.
Les Romains entreprirent ensuite des travaux beaucoup plus importants en réalisant de nombreux aqueducs dans notre région dont le plus connu est celui de Nimes qui canalisa la Fontaine d'Eure (près d'Uzès) sur 50 km pour alimenter cette ville. Sur ce parcours, l'ouvrage le plus spectaculaire est le Pont du Gard qui défit toujours le temps.
Le site http://perso.wanadoo.fr/gilbert.lamouroux/ donne une description très complète et illustrée de l'ensemble de cet aqueduc.
Dans notre département, celui qui alimenta la ville de Fréjus (FORUM JULII) en canalisant la Siagnole faisait 39,4 km de long pour une section moyenne de 1,20m de haut et 0,70m de large avec une dénivelée de 481m.

DE LA FIN DE L'EMPIRE ROMAIN A LA FIN DU MOYEN ÂGE (1453)
L'invasion des "Barbares" venus de l'Est vers l'an 400, provoqua le démantèlement de l'Empire Romain. Ce fut le passage de l'antiquité gréco-romaine au "Moyen Âge".
Jusqu'en l'an 800 (durant 300 ans), le progrès de la civilisation fut arrêté. La France resta dans une période de léthargie et de stagnation. Durant cette période, l'approvisionnement en eau retourna à un stade des plus primitifs. A l'exception de quelques puits, les ouvrages hydrauliques tombèrent en ruines ou furent souvent utilisés comme carrières.
Seuls les couvents poursuivirent la tradition romaine, grâce sans doute aux documents écrits dont ils disposaient.
Les monastères et autres édifices religieux, qui s'implantèrent là où se trouvait l'eau, continuèrent à développer localement les installations (Chartreuse de La Verne, Abbaye du Thoronet, etc..).
Lorsqu’il n’y avait pas de ressources locales, toutes les astuces était employées afin de récupérer les eaux de ruissellement des toitures, des terrasses et de toute autre surface qui permettaient de collecter, puis de stocker de l’eau.
Lorsque la priorité était la protection des personnes et des biens, la proximité des sources passait en second plan. Sur les pitons rocheux, les habitants des châteaux forts et ceux des villages qui s’implantaient juste en dessous, recueillaient l'eau de pluie dans d’immenses citernes, (comme à Hyères) ainsi que dans des bassins et tonneaux.
Ces stocks divers qui étaient soumis aux aléas des chutes de pluies étaient souvent rapidement vides. D’autre part la qualité de l’eau recueilli étaient fonction de la propreté des surfaces de ruissellement. Au fil du temps, il y avait une accumulation de substances toxiques au fond des citernes et autres récipients. Cette eau était essentiellement destinée à la cuisson des aliments et aux usages ménagers. L'eau de source était réservée à la boisson.


Aqueduc de Nimes


Pont du Gard


Aqueduc de la Siagnole


Citerne de chateau fort

DE LA FIN DU MOYEN AGE AUX ANNEES 1800

Au moyen âge l'eau suit la pente naturelle du terrain et elle est canalisée en suivant la topographie des lieux qu'elle traverse.
Toute la vie sociale, château fort, monastère, ferme ou village, s'organisent suivant la proximité des rivières qu'elles dérivent, parfois sur plusieurs kilomètres. C'est le cas à Hyères avec le canal Jean Natte dont la construction commença dès 1458

Sur les hauteurs des monts de la Provence où il n'y a ni sources, ni ruisseaux, sur des surfaces constituées de dalles calcaires plus ou moins inclinées (appelées "impluvium" ont été creusée de petites rigoles afin de récupérer les eaux de pluie et de ruissellement qui sont dirigées vers une cavité. Celle-ci est souvent recouverte de coupole faite de pierre empilées suivant la technique des pierres sèches. Cet ouvrage s'appelle un "aiguier" (de l'occitan aiga : eau). Cette architecture de pierres sèches est destinée à limiter l'évaporation de l'eau et à préserver sa propreté. Il en existe un trés particulier sur la commune du Revest (83200).

A partir de la moitié du moyen âge l'essor urbain engendre de nouvelles difficultés d'approvisionnement. Les bourgs attirent de plus en plus de familles et l'alimentation en eau se dégrade à plusieurs niveaux : la quantité disponible, la qualité. Ceci a une influence sur l'hygiène et les maladies.
En milieu urbain toutes les astuces sont utilisées pour récupérer l'eau à lintérieur des maisons. Nous avons retrouvé une citerne d'environ 3 m3 aménagée dans la paroi au fond d'une salle voutée rue St Bernard à Hyères. Les eaux de ruissellement sont dirigées vers la citerne par des entailles aménagées dans le rocher (voir photo ci-contre + zoom).

A partir des années 1700 / 1750, les villes cherchent à capter des sources existantes afin de mettre en place des fontaines publiques. A Hyères en 1737, une mine, baptisée "l'Umine" est creusée au pied d'un puit afin de récupérer l'eau par gravité sur un point haut de la ville.

Dans un premier temps, pour les fontaines publiques, il n'y a aucun stockage d'eau entre la source et la fontaine. L'écoulement est continu par gravité 24h/24h, ce qui peut représenter pour une petite fontaine à un bec versoir, environ 10 à 20 m3/jour
tant que la source n'est pas tarie. L'eau passe alors de fontaine en fontaine, avec une répartition qui va de la plus pure.... à la moins noble ( la boisson, les humains, les animaux, l'arrosage des plantations ...)
En bordure des cours d'eau ou sur des canaux en dérivation de ceux-ci, se développent également les activités artisanales (moulins à eau, scieries, abattoirs, tanneries, teintureries, ...) qui utilisent l'eau comme force motrice et moyen de nettoyage. Les premières pollutions commencent.
Les sources locales qui sont canalisées ne suffisent plus et les puits situés dans l'enceinte des bourgs sont également pollués par les infiltrations des ordures ménagères et fumiers des animaux qui s'entassent dans les rues.
Les fontaines qui sont souvent situées dans les points bas des bourgs imposent la corvée quotidienne pour les familles. Ceux qui en ont les moyens font appels aux "porteurs d'eau" de tout type.
On essaie de répartir les heures pour l'arrosage des arbres, des cours, celles pour les besoins des fabriques, comme celles des arrosants privés.
Les moulins à eau à aubes, puis à turbine horizontale fournissent la force motrice pour différents usages, mais surtout pour moudre les céréales afin de préparer de la farine. Le pain est alors la nourriture de base des familles.

Devant ces manques chroniques de ressources en eau, les efforts des différentes collectivités se portent sur l'amélioration des captages et les recherches de nouvelles ressources en eau (ex. Source de La Vierge à Hyères). Lorsque la topographie des lieux le permet des citernes sont aménagés afin de stocker un volume d'eau qui permette de passer les périodes de sécheresse (ex. Citerne de l'Ermitage à Hyères)

APRES 1800
L'apparition de nouvelles techniques va permettre de "remonter l'eau" plus facilement au dessus des points de puisage.
L'eau va pouvoir être puisé dans des points bas pour être refoulé dans les réservoirs situés au dessus des bourgs. Précédemment pour remplir le même réservoir les sources devaient se situer "au dessus" du réservoir, ce qui n'était pas évident.
A partir de 1880 environ, les réseaux d'eau potable se développent. Les fontaines et les bornes fontaine commencent alors à se multipler. Les bouches d'arrosage (qui permettent de nettoyer les rues), apparaissent progressivement. Le problème est que les besoins en eau ainsi créés se développent plus rapidement que les ressources disponibles. Il faut alors se lancer dans la chasse au gaspillage, afin d'éviter à nouveau les manques d'eau.
L'eau arrive enfin directement dans les maisons avec principalement le système de distribution "à la jauge". Celui-ci consiste à faire passer un volume d'eau calibré constant à travers un appareil (ex. 150 litres par jour). Un tuyau rempli alors "une caisse" de stockage qui se situe dans les combles de l'habitation. Cette caisse est le plus souvent réalisée en bois avec un revêtement en zinc. Un robinet à flotteur arrête l'arrivée de l'eau afin d'éviter le débordement de "la caisse". Une surverse est cependant aménagée "au cas où ...".
Un tuyau en plomb redescent jusqu'au robinet de l'évier à la cuisine qui est alors le seul point d'eau de l'habitation.
Les compteurs se vulgariseront progressivement et permettront d'avoir "la pression directe" au robinet par rapport au réservoir public principal qui les alimentent. Les caisses deviendront alors inutiles.
En dehors des zones canalisées, l'apparition de l'électricité va permettre d'avoir "l'eau courante" dans la maison. La pompe du moteur électrique remplira "la caisse" dans les combles et l'eau redescendra par gravité dans les installations.


Lavoir du Canal Jean Natte à La Crau


Au centre de la photo, à gauche une cavité est creusée dans la paroi, la citerne est derrière - (zoom)


Citerne à eau hippomobile et ses porteurs d'eau - (zoom)


Fontaines des animaux à Hyères pour chiens, chevaux ...et humains


Schéma d'installation d'eau en charge avec caisse pour puits et motopompe - (zoom)

LES TECHNIQUES

Le captage
Les sources
Après la découverte d'une source permanente il y a bien souvent deux cas :
--- creusement de la paroi lorsque le terrain est pentu. Le seuil d'écoulement est alors relevé afin d'installer un tuyau qui canalisera la source. La galerie creusée servira de petite réserve. Le tout est ensuite fermé par une porte afin de protéger la source de toute malveillance. La mine de la Source de La Vierge ainsi que celle de l'Umine à Hyères en sont des exemples typiques. A l'époque ou les pompes n'existaient pas, cette technique était la plus pratique pour alimenter les fontaines de villages.
--- creusement du sol "en puits" lorsque le terrain est relativement plat. Il faudra alors un moyen mécanique afin d'extraire l'eau du puits (source de Bagéou à Hyères).
--- ces creusements ont pour objectif d'essayer d'augmenter le débit de la source en dégageant le griffon, tout en créant de la réserve entre différentes utilisations.
Les puits
Les sourciers et leur " baguette divinatoire " ont trés longtemps décidé des endroits où il fallait creuser les puits sans qu'aucun signe extérieur n'indique la présence d'eau. En milieu urbain, nous constatons lors de l'entretien de nombreux puits que ceux-ci sont reliés entre eux par des galeries.
Lorsque les communes en viennent à chercher de nouvelles ressources importantes, les sourciers sont progressivement remplacés par des géologues afin de décider de l'emplacement de nouveaux puits.

D’autres ressources
l'ingéniosité de certains alla jusqu’à essayer de générer de l’eau à partir de la condensation qui se faisait sur des pierres. C’est ce que l’on appela des « puits à l’envers » ou «puits aériens». Le rendement de ceux-ci était toutefois "très modeste". Celui de Trans en Provence atteignait difficilement 10 litres par nuit malgré ses dimensions imposantes.
Depuis des siècles, les histoires d'eau ont toujours occupées une place importante dans les archives de toutes sortes.
Même si l’eau était (et est toujours) considérée comme un don du ciel, elle était cependant précieuse et faisait l’objet de nombreux litiges et conflits car elle était très souvent insuffisante
s.

Les canaux et canalisations
Les canaux en maçonnerie
Ils étaient le plus souvent réalisés avec un radier épais de 40cm constitué de mortier de chaux et de calcaire concassé. Les parois faites de pierres de petites dimensions (ou moellons), étaient revêtues d'un enduit au mortier de tuileau afin d'assurer l'étanchéité.
Celui-ci était constitué d'un mélange de chaux grasse, obtenu à partir de calcaire blanc et de débris concassés de briques et de poteries. L'étanchéité pouvait être renforcé par une couche imperméable de "malthe" composé de chaux éteinte dans du vin, de graisse de porc et de figues (le lait de figue possède les mêmes propriétés que le latex). Ces canaux étaient recouvert de dalles en pierre plate ou en forme de voute afin de préserver la qualité de l'eau.

Les canalisations
Une des grosses faiblesses constatées pour les anciennes conduites d'eau de source réside dans la mauvaise qualité du matériaux:
L
e bois évidé
recouvert de goudron (un peu comme un poteau téléphonique qui serait percé en son centre) s'use par l'intérieur avec le passage de l'eau et il ne résiste pas à la pression dû à la différence d'altimétrie entre la source et la fontaine. Le cerclage des tuyaux permet de diminuer ce problème (comme le cerclage d'un tonneau).
La terre cuite anciennement utilisée est souvent poreuse et les racines pénètrent à l'intérieur au niveau des joints d'assemblage. Les tuyaux étant de faible longueur (environ 50 cm), le nombre de joints atteint des quantités impressionnantes. La conduite de La Monache à Hyères représente 22 000 joints pour 11 km !!!!
Les pertes sont importantes et l'eau qui coule à la fontaine est quelquefois insignifiante par rapport à l'eau introduite dans le tuyau au niveau de la source. Les risques d'infiltration d'eau parasites (en période de pluie) sont également plus grands et la pureté originelle de l'eau en est affectée. Lorsqu'ils sont utilisés "en pression", ces tuyaux résistent difficilement.
La fonte
apparait dès la fin du XVème siècle, lelle remplace progressivement et massivement la terre cuite et les autres matériaux, car vers 1800 son coût de fabrication commence à être compétitif.
Cependant la fonte ne s'impose pas immédiatement comme l'unique matériau des canalisations modernes. Dans ce domaine, également, la recherche est empirique : à la même époque, coexistent l'emploi du plomb, du fer, de l'amiante-ciment.
Les rendements des réseaux
Après la période des "poses" de canaux et canalisations vient la période "d'entretien" et de réfection de ceux-ci.
*** Entartrement
-- Dans les canaux, suivant la pente, il va se déposer des limons qui nécessitera un nettoyage périodique durant laquelle il faudra suspendre l'activité de l'aqueduc. Au fil des siècles, les concressions calcaires vont progressivement diminuer la section utile du canal diminuant ainsi le débit de l'eau.
-- Dans les canalisations nous retrouverons les mêmes phénomènes avec les mêmes conséquences. Dans ce cas il faut alors faire une curage mécanique de la canalisation par tronçons successifs. Actuellement, après passage de fraises de diamètre de plus en plus grand, on arrive pratiquement à rattraper le section initiale de la conduite.
*** Fuites
La détection des fuites est essentiellement visuelle par les traces au sol ou dans les fossés (flaques, écoulements ou végétation verdoillante en période de sècheresse). Il est d'autant plus difficile de les trouverlorsque les réseaux travaillent avec une faible pression. Les fuites sont alors rarement détectables et les rendements de réseaux diminuent.
Progressivement des appareils de plus en plus perfectionnés permettront de localiser les fuites de moyenne importance. Le principe est "d'écouter chanter" le tuyau métallique qui fuit. Le passage de l'eau au travers de la fissure fait vibrer le tuyau. Les choses se compliqueront fortement ensuite avec l'apparition du tuyau en matière plastique, car lui, "il ne chante pas".
Aujourd'hui, suivant les villes, les rendements des réseaux varient de 90%
à 40% ; cela veut qu'ils ont de 10% à 60% de fuites.

Les réservoirs
Afin de ne pas être en prise directe sur la source et pour essayer d'éviter les manques d'eau de l'été, les collectivités construisent progressivement des citernes de stockage en aval des sources. Celles-ci sont réalisées en moellons et béton avec enduit intérieur au ciment (vers 1880). Les piliers qui doivent supporter la voute sont en pierre de taille. Les voutes supportant la couverture sont réalisés en briques pleines d'argile. A Hyères, la Citerne de l'Ermitage en est un exemple.


Source de La Vierge à Hyères
Croquis de 1888 - (zoom)


Creusement du puit de La Cambaronne en 1896 à Hyères


Puits aérien de Trans en Provence


Percement de conduite en bois


Conduite en poterie avec joint d'emboitement


Coulage tuyau fonte par centrifugeage
(zoom -> schéma de fabrication)


Conduite fonte de 200mm ne faisant plus que 100mm après 35 ans de dépot de calcaire (dureté de l'eau distribuée TH=50). Le tuyau a perdu 75% de sa capacité de transport de l'eau.

Les fontaines
Elles sont apparues dans les villes et villages à partir des années 1750. Le 19ème siècle sera l'âge d'or des fontaines et dans tous les villages, bornes-fontaines, fontaines centrales ou adossées, fontaines-lavoirs, puits-fontaines voient le jour.
Pour les amateurs, je vous conseille de visiter le site "Les fontaines du Var" qui traite le sujet d'une façon très complète.

Les moyens d'élévation
Les plus connus sont :
*** Le seau , la corde et la poulie,
*** La noria
Celle-ci est composée d'un mécanisme qui est mis en action par la force animale (ou humaine). Ce mécanisme entraîne un mouvement de godets qui se remplissent au fond du puits, pour se déverser à sa sortie dans une goulotte d'écoulement.

Les moyens de pompage
Après 1850 plusieurs technique de pompage vont cohabiter.
*** Le bélier hydraulique dont vous trouverez le détail de fonctionnement dans les pages ci-après,
*** Les turbines hydrauliques qui seront couplées à des pompes à pistons,
*** Les machines à vapeurs couplées également à des pompes à pistons vont permettre de révolutionner le principe de l'alimentation en eau. C'est la naissance des "locomobiles" et des "pompes Cornouilles".

Puis les machines à vapeur vont être progressivement remplacées par des moteurs à huile lourde (appellation de l'époque pour le gazole). Viendra ensuite l'ère de l'électricité.
Là où le puits n'autorisait d'extraire qu'au rythme de ce que le bras ou les animaux pouvaient remonter (noria), le pompage démultiplie les quantités d'eau disponibles et introduit des possibilités de stockage. Il devient dès lors possible de " traiter " ces grandes quantités d'eau. En effet, les exigences de confort et d'hygiène concernent aussi l'aspect quantitatif de l'eau.

LA POTABILISATION DE L'EAU

Jusqu'à la découverte des agents pathogènes du choléra (1883) et du typhus (1906), les spécialistes ne songeaient guère à l'eau comme source d'infection. On admettait que l'eau claire et sans faux goût était bonne à consommer. Dés lors, moderniser la distribution d'eau signifiait avant tout s'attaquer à des symptômes tels que les mauvaises odeurs. Or l'avènement des réseaux de distribution a favorisé l'apparition d'épidémies sans précédent. PASTEUR affirma : "nous buvons 90% de nos maladies".
Le premier véritable procédé de filtration date du début du XIX' siècle. Il s'inspire des découvertes du chimiste BERTHOLLET (mort en 1822) sur les propriétés du charbon. On réalise également un filtre à base de sable et d'épongés capable de produire 230 m3 par jour. A Hyères un filtre similaire est mis en place dans le Béal Jean Natte afin de "potabiliser" l'eau avant que celle-ci ne soit reprise par un bélier hydraulique.

Jusqu'au milieu du XIX' siècle, il y eu des améliorations successives de ces procédés (superposition des couches de sable et de charbon pilé). Peu à peu cependant l'idée du filtrage industriel, poussé par les réalisations observées en Angleterre, fait son chemin. On s'intéresse au filtre autonettoyant, et à la décantation préalable.
En 1840, le procédé Souchon, à base de sous-produits textiles, concurrence les procédés de filtrage (sable, charbon).
La loi sur la salubrité publique de 1902 l'énonce clairement et les subventions publiques accordées aux communes nécessiteuses à compter de 1903 le confirment dans la pratique :
l'approvisionnement correct en eau des communes est d'intérêt national, au même titre que l'instruction publique. Peut-être plus, car il s'agit de lutter contre les épidémies, contre les fièvres typhoïdes causées par les eaux polluées des puits et des canaux divers à ciel ouvert qui alimentent la population. Les fontaines distribuent également de l'eau " brûte " à partir de sources qui peuvent être polluées. En ces années où la mortalité de la guerre de 1870 se fait encore sentir, la lutte contre la mortalité est une priorité du pays.
Au cours du 19ème siècle différents essais de purification de l'eau sont fait à partir de produits chimiques tel que l'iode, l'acide citrique, les permanganates afin d'éliminer les microbes et bactéries. Le prix élevé des produits et la répugnance des consommateurs à l'emploi de produits chimiques dans l'eau limitent son application à des usages médicaux.
En 1881 Koch démontre que l'hypochlorite de sodium détruit le germe responsable du choléra. Ce produit, dont l'utilisation est aisée, peut se produire à un faible coût. Il a également le gros avantage d'avoir un effet rémanent dans les canalisations. La première chloration des eaux se fera à Paris en 1911.
Maurice Paul OTTO met au point une autre technique industrielle pour désinfecter l'eau à partir du gaz ozone qui est un désinfectant puissant. C'est à partir d'ozoneurs que ce gaz est fabriqué. C'est la ville de Nice qui inaugurera la mise en pratique industrielle de ce procédé en 1907.

Après les fontaines et les lavoirs, l'apparition de deux autres types d'édifices civils suivra de peu l'approvisionnement en eau des communes : d'abord le WC public, nommé au gré des époques et des projets latrines, chalet de commodité, ou cabinets d'aisance. Le bain-douche enfin sera plus une réalisation du XXe siècle. L'enquête sanitaire départementale de 1950 recense d'ailleurs le nombre de cabines de douches dont disposent les communes. Au même titre que le nombre de places de lavoir, il détermine l'état d'équipement sanitaire communal.
Après 1950 les techniques de "filtration rapide" remplace les "filtrations lentes" et le dioxyde de chlore commence à être utilisé.
Vers 1970, les filières de traitement biologique font leur apparition.
A partir de 1990 c'est au tour de la filtration membranaire. Le principe consiste à faire passer l'eau à travers un tamis extrêment fin dont les membranes sont percées de pores d'un diamètre pouvant aller jusqu'à nanomètre.


Noria actionnée par un dromadaire en Syrie
......ça fonctionne toujours !


Turbine hydraulique horizontale avec axe moteur vertical


Schéma fonctionnement pompe à vapeur Cornouilles
(zoom)


Pompe actionnée par moteur à huile lourde


Schéma de filtration lente - (zoom)
(site original)


Maurice Paul OTTO et son ozoneur

L'AUGMENTATION DE LA CONSOMMATION

La Rome antique distribuait de 300 à 900 litres par jour à chacun de ses citoyens.
Pour arrivait à ce résultat une administration spécifique gérait les 11 aqueducs, les 247 châteaux d’eau, les 967 bains publics, les 144 latrines publiques que comptera la cité à la fin de l’Empire.
La distribution à domicile restait une faveur particulière accordée par l’Empereur.

En France, avec la multiplication des fontaines, des bouches d'arrosage et de la construction de ces grands lavoirs dans les villes, les quantités d'eau nécessaire sont de plus en plus importantes.
Ce sont les changements des modes de vie, des habitudes de toilette, du rythme des lessives qui modifient les quantités d'eau dont chaque individu a besoin. Le lavage des rues consomme également de grandes quantités d'eau. Sans les nouvelles données techniques permettant le stockage et le transport de gros volumes d'eau, les usages n'auraient pas pu évoluer.
Il s'établit alors une " norme " relative à la consommation en eau par habitant.
Les chiffres sont éloquents et mesurent mieux que tout discours l'ampleur des changements. D'autre part, il est certain que les consommations d'eau par habitant varient énormément suivant que l'on se trouve en ville dans un milieu " bourgeois " ou dans une ferme isolée en milieu rural.
-- Vers 1800 (et avant), suivant les spécialistes de l'époque, les besoins en eau par jour et par habitant sont de l'ordre de 5 à 10 litres ( à Paris).
-- Vers 1850 les estimations sont portées à environ 100 litres par jour et par habitant, pour Paris.

-- Aujourd'hui la consommation moyenne française est de 140 litres par jour et par habitant.
-- Cette consommation se répartit en moyenne de la façon suivante :
---- 1% pour la boisson
---- 6% pour les repas = total 7% pour l'alimentation (en bleu)
---- 6% pour l'arrosage
---- 6% pour divers
---- 10% pour la vaisselle
---- 12% pour le linge
---- 20% pour les sanitaires
---- 39% pour la toilette = total 93% pour l'hygiène et l'entretien (en vert)


Fontaine place Eglise St Louis à Hyères


Evolution consommation mondiale 1900-2000
(zoom) - (site original)


L'EAU DU CIEL ..........GRATUITE !

L'aménagement des points de captage, de stockage, la pose des conduites, la construction des fontaines publiques et ensuite leur entretien puis leur renouvellement ont toujours nécessité des efforts financiers de la part de la collectivité. Pour les habitants, le fait de pouvoir disposer de l'eau s'est souvent accompagné d'une contrepartie. C'était l'imposition locale pour "réparations aux fontaines ou construction du canal".

Le développement des réseaux d'eau potable s'accompagnera de celui des concessions privées.
Dans ces années 1850 à 1900, la plupart des communes avaient leurs budgets en déficit.
Pour "offrir" aux populations des équipements nombreux et fiables, il fallut employer des moyens financiers importants que seules, la plupart du temps, les grandes compagnies pouvaient supporter en misant sur des concessions à long terme pour rentabiliser leurs investissements initiaux.

De tout temps les citoyens ont considéré qui l'eau qui tombait du ciel devait être gratuite.
Actuellement, que le service des eaux soit municipal ou affermé, pour toute pose de compteur d'eau, chacun reçoit sa facture.
Pourtant aujourd'hui, nous pouvons faire l'expérience de "l'eau potable publique gratuite". Pour cela il suffit d'aller à la borne fontaine
la plus proche et de remplir les jerricans dont on a besoin. Il n'y a plus qu' à les ramener à la maison et à ouvrir le robinet.... de la jerrican. A ce stade là, pas de chauffe eau, de machine à laver, de lave vaisselle, de douche et encore moins de bains ! Si cet exercice est fait durant quelques jours, on s'aperçoit que ce n'est pas l'eau qui a un prix, mais surtout "le service" qui permet d'avoir à sa disposition 24h sur 24h en ouvrant un robinet en tout point de l'habitation, un m3 soit une tonne d'eau (1000 kg = 50 jerricans de 20 litres) pour le prix de 2 à 3 euros environ. Si la corporation des "porteurs d'eau" a eu son heure de gloire durant plusieurs siècles, ce n'est pas pour rien !


Exemple d'eau gratuite ..... si le livreur est le destinataire !!!

LA COURSE A L'EAU

En une centaine d'années, les habitants de beaucoup de pays sont passés de l'obsession et de la nécessité de se procurer une richesse rare, à son obtention illimitée en quantité.
Les mentalités ont alors changées. Aujourd'hui, on gaspille, on pollue l'eau car la conscience de sa valeur, du bonheur d'accéder facilement à un élément aussi primordial à la vie a disparu.

Il ne faut pas oublier que sur notre planète, environ 1,4 milliard de personnes sont privées d'eau potable.
Aujourd'hui, les ressources en eau sont surexploitées par les activités humaines et l'agriculture intensive.
La pollution n'étaient pas connus des anciens même s'ils existaient déjà mais à des degrés moindres. Une fois touchée, et la cause de pollution supprimée, une nappe phréatique met 200 à 300 ans pour revenir à une pureté normale. Les rivières qui assurent 75% de nos besoins peuvent être dépolluées en une génération (25 ans).

Depuis quelques années nous constatons des périodes de sècheresse qui commencent à nous obliger, comme pour le pétrole, à restreindre certaines habitudes. D'autre part, les solutions "de secours" ont toujours un coût important et augmentent le prix de l'eau.
En été, et même avant, les barrages, les puits et forages se retrouvent à sec, les nappes phréatiques en bordure de mer sont polluées par les remontées d'eau saumâtre. Les préfectures sont obligées de publier des arrétés imposant des restrictions à certaines utilisations de l'eau.
En 2004, l'île de Porquerolles a connu cette pénible expérience et a du être ravitaillé par bateau citerne. (lire article de presse). Pour cette année 2005, le ravitaillement par bateau a repris depuis le début du mois de mai à raison de 6 voyages de 400m3 par semaine pour se terminer fin décembre au prix de 11 euros le m3 soit un coût estimé pour la saison de 670 000 euros !!!

Partout dans le monde, les fleuves transfrontaliers et leurs nappes phréatiques sont des enjeux terribles qui commencent à être source de conflits.

N'oublions pas que le volume d'eau disponible sur notre planète est pratiquement constant alors que le nombre d'êtres vivants ne cesse de croître.

Eh oui, nous buvons toujours la même eau depuis des générations et même ......
celle que buvaient, les dinausores, il y a quelques millions d'années !!!!!


 

mis à jour le 06/11/2014