LE CANAL JEAN NATTE
Béal de plus de 556 ans ..... cet illustre inconnu !
Au travers de cette page nous allons vous raconter l'histoire extraordinaire
de celui que nous appelons familièrement "le Béal".

PETIT RAPPEL
Vers 1450, les habitants d'Hyères vivent principalement dans la vieille ville actuelle. L'eau qu'ils utilisent provient essentiellement de quelques puits artésiens. Ils récupèrent également les eaux de ruissellement des toitures ainsi que toute eau qui suinte sur les parois de rocher en sous-sol. Ils stockent ces dernieres dans des citernes creusées à même le rocher, dans les caves de leurs habitations. Le mélange des eaux et le mauvais stockage occasionnent souvent des fièvres typhoïdes car à cette époque, on ne connaît pas les microbes et pour chacun, une eau " limpide " et sans odeur est une " eau potable ".
Dans la plaine les paysans doivent difficilement extraire l'eau des puits pour arroser les plantations dans les jardins potagers qui sont alors principalement des légumineuses (pois chiches, fèves, haricots ...) ainsi que des céréales (blé, orge ...).
L'eau la plus proche disponible en abondance (sauf sècheresse) est donc le Gapeau à 5 km de là environ. Les moulins 1er et 2ème sont à peu près à la même distance.

SON HISTOIRE
Certains d'entre vous ont probablement entendu parlé du "Canal Jean Natte" ou "du Béal" , d'autres ont aperçu ce canal sur certaines parties de son tronçon et se sont demandé à quoi il pouvait bien servir......aujourd'hui .... comme hier d'ailleurs !

Pour reprendre le fil de son histoire, nous devons remonter..."à la fin du Moyen âge".

** La naissance du projet
En effet c'est vers 1455 (période de Charles le Téméraire), que Louis Rodulph de LIMANS, citoyen d'HIERES, imagine de détourner partiellement les eaux du Gapeau afin de les conduire "jusque dans la ville", au pied de ses murailles. L'objectif est de faire tourner des moulins à grains et d'avoir de l'eau pour les différents besoins de la population.
Lors d'un voyage dans le village du LUC, il fait connaissance de Jean NATTE (qui est ingénieur civil) et il lui expose son projet. Après étude de la topographie des lieux, celui-ci pense que la mission est réalisable. Le projet semble hasardeux pour l'époque, car il s'agit de créer un bras artificiel du Gapeau, débutant dans le quartier rocailleux de La Crau, de lui faire contourner le Mont Fenouillet par l'Ouest en traversant les terres incultes situées à l'Ouest de la ville d'Hyères.
Cependant, le conseil de la communauté de la ville, "peu clairvoyant", trouve le projet inexécutable. Il est en fait persuadé qu'il est impossible d'amener l'eau de si loin d'Hyères.
Malgré la risée de leurs compatriotes et les difficultés qu'une telle tâche représente, tenacement, Louis Rodulph de LIMANS et Jean NATTE persistent dans leur vue et s'adressent directement au Roi René qui leurs accorde aussitôt son assentiment.
Ordre est donc donné à la communauté d'Hières de prendre en considération ce projet.
Bernard de ABISSO, capitaine et viguier de la cour royale d'Hières réunit le 27 décembre 1458 un conseil général extraordinaire de la communauté en présence d'une foule nombreuse. Après exposition des faits en langue romane (vieux provençal), Louis Rodulph de LIMANS et Jean NATTE décrivent et argumentent les différents aspects de l'entreprise à réaliser. Enthousiaste et quasi unanimement chacun est d'avis pour reconnaître le bien-fondé du projet.
Le viguier souscrit entièrement aux voeux de la majorité et propose de conclure une convention avec le maître d'oeuvre et propose Jean Natte comme conducteur de l'eau. Les représentants de la communauté s'inclinent devant l'assentiment vicaral... C'est gagné !!!

** La convention
La transaction est passée entre la communauté d'Hières et Jean Natte sous forme d'une convention le 27 décembre 1458.
Nous résumons ci-après les points essentiels contenus dans cette convention :
-- Jean Natte est désigné comme maître d'oeuvre pour amener l'eau au dessous des murailles de la ville.
-- Le canal fera 1 canne (de 1,94m à 1,98m environ) de largeur et devra alimenter au moins 2 moulins pour moudre les grains de la communauté.
-- Afin de construire le barrage à un endroit approprié, celui ci devra être implanté environ à 500 cannes (environ 1000 mètres) en amont de la limite d'Hyères, sur le territoire de Solliès après accord de son seigneur.
-- La communauté s'engage à acheter le passage de l'eau et du canal à travers toutes les propriétés situées sur le parcours, mais celles-ci sont souvent cédées sans autre contrepartie que le droit d'utiliser l'eau.
-- Jean Natte et ses successeurs devront maintenir à perpétuité, à leurs frais, le dit bras du Béal, le volume d'eau et le barrage. Ils percevront le droit de mouture en vigueur dès le fonctionnement des moulins.
-- Tant au-dessus qu'au-dessous des moulins, les particuliers possédants bien (ayants droit) acqueront la faculté, l'autorité de se servir et d'utiliser l'eau pour l'arrosage de leur(s) propriété(s) et pour d'autres nécessités, la lessive par exemple.
-- Depuis la sortie du dernier moulin et jusqu'au Gapeau ou à la mer, l'eau du canal sera commune (sur 4 km). Tous les habitants pourront en user librement selon leurs besoins.
-- Le délai de construction du canal et des moulins est fixé à 2 ans à partir du 27/12/1458. (Cela représente donc une moyenne de 20 mètres par jour pour les 9400 mètres + 4000 mètres à réaliser comprenant la préparation du terrain, le terrassement, la mise en remblais des terres, la construction d'ouvrages sur le parcours, la création du canal de fuite après les moulins).

La convention est rédigée en latin par Maître Jean Giraud, notaire à Hières. Afin que chacun en ait connaissance, elle est lue en chaire par les curés de Saint Pierre et Saint Paul, tandis qu'un héraut, sillonnant les artères de la cité, la proclame en différents points. Tous les Hièrois de la ville et des quartiers en ont donc connaissance. Chacun se dispose à exécuter les directives du conseil de la communauté et à faciliter la réalisation de l'entreprise.
Une traduction française est réalisée en date du 10 mai 1859 par Jean-Marie Crozols.

** Les accords
Afin d'augmenter le débit du Béal un accord intervient avec le Seigneur de SOLLIES, Louis de BEAUVAU le 31 mars 1459 pour la construction du barrage en limite de sa commune et pour que les eaux d'écoulement des ruisseaux avoisinants, notamment Le Réalet, soient dirigées vers le Béal. Deux sources voisines, celles de La Monache et de la Jonquière, sont également raccordées sur le canal. En compensation le seigneur de Solliès, ses hériteurs et successeurs, cultivateurs et habitants auront la faculté de porter leur vin à travers le territoire d'Hières "jusqu'à la mer, pour la vente, mais seulement en gros".
En avril 1477, la convention est ratifiée par le nouveau seigneur de Solliès, Palamède de Forbin.

** Le financement du canal
--- Financement monétaire
La communauté d'Hières s'engage à fournir à Jean Natte une somme globale de 2000 florins pour la réalisation de l'ouvrage.
Le paiement s'effectuera en cinq paiement inégaux :
-- 45 florins dès le 1er janvier 1459,
-- 455 florins le 1er mars 1459, lors du commencement des travaux,
-- 500 florins lorsque l'eau arrivera à l'église Saint Gervais (territoire d'Hières),
-- 500 florins lorsque l'eau arrivera sous la ville (probablement vers le Portalet),
-- 500 florins lorsque l'ouvrage sera entièrement réalisé.
"Ainsi les crédits de la communauté d'Hières ne seraient versés que lorsque l'eau serait entrée dans la ville ; bien assuré était le conseil, que la commune ne paierait jamais, car l'eau ne pourrait jamais venir !" (mémoires de M. Mabille)
--- Financement humain
En plus de cette importante somme, une corvée collective est prescrite. En vue d'apporter une aide efficace au conducteur de l'eau, la communauté d'Hières s'engage à lui fournir quatre journées d'homme par maison habitable, soit "dous perla vengudo, dous per la ustida", en clair deux jours pour la venue (canal principal) et deux pour la fuite des eaux vers l'étang du Pesquier.
La communauté autorise l'exemption de cette tâche, moyennant le paiement de deux gros de Provence par journée.
Afin d'avoir une idée de ce que pouvait être cette participation humaine, essayons de calculer ce que cela pouvait représenter en supposant qu'il y avait 1000 maisons (ou feux)
- 1000 maisons x 4 journées = 4000 journées pour un chantier estimé à 2 ans = 2000 journées par an.
- 2000 journées/300 jours de travail par an = environ 6 hommes par jour.
Comme les travaux durèrent 20 ans au lieu de 2, initialement prévu, il est fort probable que cette main d'oeuvre disparue après le délai contractuel.

** La construction du canal
En 1459, dans un premier temps, le barrage située à l'origine du canal, est construite en bois sur piétement en pierre. Elle détermine le point de départ du béal. Les ouvriers représentant différentes corporations s'activent à commencer le canal.
Initialement celui-ci est creusé directement dans la terre comme un "ruisseau" dans les parties en déblais. Son tracé suit donc les courbes de niveau du terrain en faisant les sinuosités correspondantes.
Une épidémie de peste en 1461 décime une partie de la population et la main d'oeuvre se fait rare pour faire progresser les travaux.
Le canal a les caractéristiques suivantes :
-- Son origine se situe vers le Domaine de La Castille à l'intersection actuelle des limites des communes de La Crau, La Farlède, Solliès-Ville et Solliès-Pont).
-- Le niveau de départ se situe à la côte 40m. NGF
environ (Niveau Général de la France).
-- une longueur de 9367m ( du barrage jusqu'aux 1er moulin) pour une largeur de de 2,00m et 1,20m de hauteur env. (certains tronçons font 2,50m x 1,00m env.)
-- Sa pente n'est que de 2,34m sur l'ensemble de son parcours pour arriver jusqu'au moulin d'Intré soit environ 2 mm / 10 mètres ...... pour l'époque cela nous semble être un exploit ("Pages d'histoire d'Hyères" écrit par Gustave Roux).
-- L'arrivée principale, au Moulin d 'Intré (Rue de Limans à Hières) est au niveau 38,00m NGF environ.
-- La distance entre le moulin d'Intré et du Mitan (du milieu) est de 80 mètres, puis de 150 mètres pour arriver à celui du Bas (mesures sur plan).
Sur tout son parcours les riverains doivent une servitude de passage de 2,00m de part et d'autre du canal afin de permettre son entretien régulier.

Il semble que le canal soit mis en eau par tronçon au fur et à mesure de l'avancement des travaux, car ..... ils finiront par durer presque 20 ans (au lieu de 2 initialement prévus). Le radier du canal est initialement, simplement constitué de terre damée.

Lorsque l'eau arrive enfin à Hyères vers 1480, Jean NATTE meurt et c'est son fils Pierre qui prend le relais. Il aura donc fallu 20 ans pour que l'eau arrive à Hières; mais les moulins ne sont pas encore construits.
Dans la ville les habitants s'impatientent car la mouture se pratique toujours aux moulins de La Roquette, Premier et Second.

Pierre Natte commence alors à avoir des difficultés financières pour terminer l'oeuvre de son père. Il partage alors la propriété des moulins avec Louis Rodulph de LIMANS. L'acte d'association est rédigé le 31 janvier 1486 .
-- Pierre cède 50% du futur bénéfice des moulins,
-- Louis doit notamment construire deux maisons pouvant accueillir chacune un moulin. Il décède vers 1487-1488. Ses héritiers sont Catherine d'Anjou et ses fils.

** Les moulins
Après tout ces problèmes financiers les trois moulins à blé sont enfin terminés vers 1489-1490 et peuvent commencer à travailler. Il aura donc fallu 30 ans pour que les moulins tournent enfin !
Il semble que, devant cet accomplissement, chacun trouve son profit. Effectivement :
--- les propriétaires des moulins tirent un revenu assez avantageux de la mouture du grain,
--- Les industriels (menuisiers, aiguiseurs etc.) se servent de la force motrice produite par les moulins pour leurs activités et l'industrie du savon utilise l'eau comme matière première.
--- les paysans ont des moulins plus proches de leur champs et de leurs habitations.

Le 24 janvier 1608, la ville, endettée, doit vendre aux enchères, pour la somme de 3000 livres, le moulin à huile de la rue de Limans et un autre moulin à grignon. L'acquéreur doit contribuer pour 1/3 au curage, réparation et entretien du barrage et du Béal des moulins afin de pouvoir jouir de l'eau du dit Béal.

Devant les difficultés financières de la ville d'Hyères, un arrêt du Conseil d'Etat du 21 octobre 1687 ordonne à celle-ci, la liquidation de ses créances.
Deux experts sont commis dès le 2 janvier 1688 pour procéder à l'estimation de ses biens. Un mois après, les trois moulins banaux, le barrage, le Béal et toutes les dépendances sont évalués à la somme globale de 183 408 livres. Les moulins sont aliénés en 1689.

En 1764 La communauté rachète des portions de la propriété des moulins et deviennent copropriétaires.

Suite à une pétition des habitants, en 1808, un nouveau moulin est mis en service sur la commune de La Crau au quartier de La Panouche.

En 1863, les communes d'Hyères (pour 4/5) et de La Crau (pour 1/5) décident d'acquérir la totalité des moulins et du canal en achetant les parts des 12 derniers copropriétaires au prix de 234 474 francs. L'acte d'achat est effectif le 5 mai 1866.
Un convention est signée le 5 mai 1867 entre les deux communes dont les points principaux sont :
--- le barrage et le canal reste en communauté au prorata des 4/5 & 1/5. Les frais relatifs à leurs entretien, réparation ou reconstruction ainsi que le curage et le faucardage seront répartis de la même manière.
--- La ville d'Hyères aura à sa charge tous les frais d'entretien du Béal après les moulins,
--- Les berges et les francs-bords seront les propriétés des deux communes,

Le moulin " d'Intré " est abandonné vers 1866, celui " du Mitan " vers 1878 et celui " d'En bas " vers 1880. Les moulins auront donc fonctionné environ 280 années.
Celui de La Crau cessera son activité vers 1940.

** L'eau domestique
L'eau du Béal est également utilisée pour les besoins domestiques et la boisson après quelquefois une filtration sommaire. Une eau "claire" est alors considérée comme "potable". Pourtant ce canal à ciel ouvert sur tout son tronçon reçoit sur son parcours bien des objets sources de pollution !

** L'eau d'arrosage et sa règlementation
--- Comment on en arrive à la "règlementation"
Le Béal permet de mettre en valeur les terres jadis inexploités qui se trouvent sur son parcours. Au fil des années les surfaces cultivées augmentent rapidement .... et les besoins en eau aussi.
Pour l'arrosage et le fonctionnement des moulins, il a toujours existé des règles strictes sur les jours et heures où chacun avait droit "à son eau".
Vers 1526, un "béalier" est nommé afin de faire respecter les règles d'arrosage sur le parcours du canal.
Mais les tentations sont grandes et "la guerre de l'eau" commence alors entre les "ayants droits", ceux qui réalisent sur le canal des prises illégales et les moulins qui a certaines périodes ne voit plus arriver l'eau pour faire tourner leur mécanisme. Un courrier du 21 août 1740 fait état d'un manque de pain dans la ville ..... car le manque d'eau a empêché le fonctionnement des moulins .... qui n'ont pu moudre le blé .... et les boulangers n'ont plus eu de farine pour faire le pain.
--- Principe de la règlementation
Face à ces litiges, au fil des années et...... des siècles, un certain nombre de règlements d'arrosage seront élaborés afin de définir :
------ "qui a droit à l'eau"
C'est la première chose que les experts doivent déterminer.
Il me semble que les experts qui établissent le règlement, prennent en compte lors de leur état des lieux (probabilités non confirmées à ce jour) :
-- les parcelles dont les propriétaires ont donné le terrain nécessaire et la servitude de passage pour le canal ,
-- les propriétés exploitées qui sont riveraines au Béal et qui doivent probablement payer un impôt supplémentaire de part la plus value de leurs biens arrosables.
-- Les champs à l'abandon ne sont probablement pas pris en compte. Lorsque les propriétaires voudront alors les mettre en valeur, cela pourra les conduire à réaliser des "prises illicites" sur le canal qui seront si souvent sources de litiges.
------ "de quelle manière",
En deuxième lieu, les experts définissent la taille des espansiers qui seront déterminés en fonction de la surface des terrains à irriger.
On distingue :
-- le "grand" espancier d'un demi-pan de diamètre (12,5 cm),
-- le "médiocre" d'un demi-rond de pan de diamètre (soit 6,5 cm),
-- le "petit" d'un quart de pan de diamètre (soit 3,625 cm)

------ "quel jour, quelle heure et pendant combien de temps".
En troisième lieu, il faut définir pour chacun des ayants droits : quel jour il pourra arroser, à partir de quelle heure et durant combien de temps. Le bût du règlement est que ceux qui sont à l'extrémité du canal puissent avoir suffisamment d'eau comme ceux qui sont au début. Durant les périodes d'été, ce "principe équitable" aura souvent du mal à être respecté.
--- Les quelques dates de différents règlements :

------ 1570,
------ 6 août 1584.
------ 28 avril 1648,
------ 21 mars 1657
------ 1684
------ 1722
------ 1866
------ 24 février 1931
------ 13 août 1949
------ et encore bien d'autres dates !!!
Ces nouveaux règlements redéfiniront chaque fois les trois points que nous avons décrit ci-avant. Chaque fois cela correspondra à une augmentation de la surface d'arrosage, notamment après l'abandon des moulins.

En 1845, une nouvelle notion est introduite ; celle de faire payer aux ayants droit une taxe proportionnelle aux espanciers.


Avis de presse du journal LE PETIT VAR du 20/08/1943
relatif aux heures d'arrosage sur le Béal pour LA CRAU - (zoom)

** Les modifications du canal
Des travaux sont entrepris entre 1630 et 1632, afin d'augmenter le rendement du canal.
-- Une nouvelle écluse est construite en maçonnerie en remplacement de celle en bois, pourrie par l'humidité, fixée sur piétement en pierre .
-- certaines sinuosités sont supprimés, notamment au quartier des Arquets. Ce changement de parcours conduira à des litiges ultérieurs, car certaines propriétés "arrosables" initialement ne le seront plus, suite au changement de tracé. Il est à noter qu'au quartier des "Arquets" le radier du Béal se situe à environ 2,00m au dessus du terrrain naturel et qu'il repose sur des "arches" (Arquets) sur plusieurs centaines de mètres. Aujourd'hui, des remblais au pied du canal les masquent pratiquement toutes.
-- Les parois sont alors réalisées en maçonnerie et des contreforts renforcent l'ouvrage lorsqu'il n'est pas enterré,
-- Un radier est mis en place sur tout le parcours. Une chape en ciment permet ultérieurement d'augmenter le débit d'eau qui arrive aux moulins.
-- Les lavoirs publics et privés sont aménagés tout le long du Béal.

-- Un rapport de l'ingénieur du Génie Rural, élaboré en 1930, indique que d'importants travaux d'amélioration ont été entrepris sur le Béal sous la municipalité Roux-Signoret (1919-1920).

** les plans du canal
Plusieurs plans ont été retrouvés dans les archives municipales par M. Franck CHAUVET (président de l'ASI des arrosants du canal Jean Natte). Ils figurent :
--- le tracé du canal Jean Natte, ainsi que ses canaux secondaires, tertiaires etc..
--- la limite du périmètre de l'association syndicale (qui couvre également le Gapeau dans les quartiers de La Roquette, du Plan du Pont etc...)
--- les terrains arrosés,
--- les terrains inondés.
Voir les plans d'archives - cliquez !

** l'entretien du canal et du barrage
-- L'entretien et les réparations du canal et du barrage sont initialement assurés par la famille Natte suivant les termes de la convention. Nous sommes ensuite dans un certain "flou".
-- En 1685, par convention les adjudicataires des moulins ont obligation de refaire chaque année 7 cannes et demi de muraille du canal.
-- L'article 7 de la convention, prévoyait que les propriétaires des moulins devaient 2/3 des dépenses du canal.

De ??? jusque vers 1990, ce sont les riverains du canal qui ont nettoyé leur tronçon manuellement, une fois par an, vers le mois d'avril. Cette période est la plus propice afin de ne perturber les arrosages durant les 15 jours à 3 semaines que dure ce curage. Celui-ci consiste d'une part à enlever les limons qui se déposent au fond du canal, mais également toutes les algues et plantes qui se développent ...... sans oublier les "objets divers" dont certains se débarrassent tout au long de son parcours.

Actuellement, ce curage se réalise à l'aide de petits engins mécaniques qui "usent" plus facilement les parois du canal dont le dernier enduit date de ...... 1914. (pour les 9400m environ, cela représente tout de même plus de 37000 m2 d'enduits !!!, seulement pour le canal principal.
Ces frais d'entretien sont répartis :
-- pour l'entretien du canal : au prorata de 2/5 pour la ville de La Crau et 3/5 pour la ville d'Hyères,
-- pour l'entretien du barrage : au prorata de 4/5
pour la ville de La Crau et 1/5 pour la ville d'Hyères,

Le non respect des servitudes de passage de 2 mètres de part et d'autre du canal par certains propriétaires riverains, notamment en milieu urbain, complique le nettoyage du béal sur de nombreux tronçons .

** Le débit du canal
Un rapport de 1843 (période de Louis Philippe), indique que le canal a un débit de 306 litres/s. Il arrose 325 ha (soit 770m3/semaine /ha). Nous n'avons aucune précision sur le lieu de la mesure (au départ du canal...au milieu...à l'arrivée ???)

Le débit a une grande importance pour les moulins car à l'époque, habituellement, les chutes d'eau se louent au prix de 200 francs par unité de force de cheval. Cette force est représentée, conventionnellement, par un volume d'eau de 100 litres par seconde, tombant d'une hauteur d'un mètre. Pour un débit de 300 l/s et une chute d'eau de 4m la force de chacun des trois moulins était donc d'environ 12 unités de force de cheval.

De tout temps s'est posé la question de "l'utilité de la réfection" du Béal à un instant donné afin de diminuer les pertes sur son parcours (avec tous les espansiers fermés). Une étude réalisée vers 1876 apporte les informations intéressantes suivantes :
--- pour une hauteur d'eau 64cm au départ du canal le débit est de 624 litres/sec, il arrive au 3ème moulin 429 litres/sec. soit les 2/3 de l'eau depuis l'origine (environ 37 000 m3/j).
--- pour une hauteur d'eau 39cm au départ du canal, le débit est de 312 litres/sec. il arrive au 3ème moulin 164 litres/sec. soit les 1/2 de l'eau depuis l'origine (environ 14 000 m3/j).
--- pour une hauteur d'eau 26cm au départ du canal, le débit est de 156 litres/sec. il arrive au 3ème moulin 31 litres/sec. soit les 1/5 de l'eau depuis l'origine (environ 2 700 m3/j)..
Ces expériences permettent de conclure que les pertes sont d'autant plus considérables que le débit du Béal à son origine est plus faible. (informations documents Médiathèque d'Hyères) .
Avec les mesures ci-avant nous pouvont en déduire que pour un débit de 624 litres/sec. -> 1m3 d'eau met environ 5h30mn pour arriver à Hyères, alors que pour un débit de 156 litres/sec. il lui faudra environ 8h30. Durant ces 3 heures supplémentaires l'eau pourra d'autant plus s'infiltrer au travers des fissures des parois et s'évaporer tout au long du parcours.
Il est à noter que le canal peut arriver à un débit maximum de 1000 litres/sec avec la martelière en pleine ouverture ;
soit 3600 m3/heure ou 86400 m3/jour (information A.S.I.L.A.C. Jean Natte).
A titre de comparaison, la consommation estivale en eau potable de la ville d'Hyères est d'environ 25000 m3/jour.

** Les vidanges sur le Béal
La liste suivante a pour bût de répertorier toutes les martelières de section importante qui permettent :
-- de vider le canal lors du nettoyage annuel
-- de "décharger" celui-ci lors des orages afin d'éviter une surcharge à l'arrivée
-- d'alimenter le Roubaud tout au long de l'année.

- La martelière de vidange principale
Elle se situe à environ 50 m. après la martelière principale qui alimente le canal. Elle permet de vidanger le premier tronçon qui à cet effet est en légère contrepente.

- La martelière des Arquets
Elle se
situe au nord du rond point des Arquets. Son évacuation rejoint le pluvial qui évacue les eaux vers le Gapeau.

- La martelière de la Cameronne
Elle se situe à l'impasse de l'Estalle (UTM 32T 0262942 E - 4778847 N). Elle est en complément d'un limiteur de débit et d'une surverse. Elle alimente un ruisseau qui descend jusqu'à la voie ferrée à la limite Est de l'Estagnol. Celui-ci longe ensuite la voie SNCF en direction de l'ouest. Il rejoint donc le bassin versant de l'Eygoutier.

- La martelière du réal de la Bayorre
Elle se situe au croisement avec le réal (en UTM 32T 0264324 E - 4778760 N). Elle est très souvent ouverte complètement et alimente ce torrent avec un bon débit et donc le Roubaud.

- La martelière du Réal Baye
Elle se situe au croisement avec le Réal Baye au quartier de La Poterie (en UTM 32T 0265170 E - 4778723 N). Elle est très souvent ouverte complètement et alimente ce torrent avec un bon débit et donc le Roubaud.

- La martelière de la rue Eugénie
Elle se situe au début du côté Est de la rue Eugénie (UTM 32T 0265607 E - 4778449 N).

La liste ci-dessus va être progressivement complétée.

** La propriété du Béal
-- A l'origine
---- La communauté paye Jean NATTE pour construire le canal.
---- Jean Natte et ses successeurs doivent entrenir "à perpétuité" le canal, le débit d'eau et le barrage. Il sont donc propriétaire du canal.
-- Vers 1540 - 1580
---- Pierre NATTE vend le 25 novembre 1537 sa part à la communauté d'Hières.
---- Le 18 septembre 1555, la famille Rodulph de LIMANS vend également la sienne à la communauté. Cette dernière se trouve alors propriétaire des 2/3 du canal et de ses dépendances.
---- En 1576, la ville d'Hières devient propriétaire de la totalité.
--- Au fil du temps
La communauté d'Hières sera conduite à aliéner ses biens en faveur de ses créanciers. Le Béal ... et les moulins deviendront ainsi des ouvrages en "copropriété". Nous retrouvons trace d'un certain nombre de copropriétaires avant 1866.
--- En 1866
Le 05/05/1866, (période de Napoléon 3), les communes de La Crau (3/8) et d'Hyères (4/8) deviennent co-propriétaires du canal et du barrage, elles doivent entretenir et curer le Béal. (information ASILAC Jean Natte).
Cependant ce sont les riverains qui assureront ce curage lorsque les moulins seront abandonnés.

[informations ci-dessus tirées du recueil "APERCU sur les droits et CHARGES des propriétaires des Moulins et des arrosants" de Charles MAUREL (architecte et juriste) qui confirmat les devoirs des propriétaires envers les arrosants
(édition H .SOUCHON en 1886)].

** Les siphons
Le Béal verra son aspect et son profil changé au cours des siècles, avec la création de "parties couvertes" et de "siphons" qui permirent à La Crau :
-- la construction de maisons en bordure ouest de l'avenue Général De Gaulle (partie couverte entre le carrefour principal et le Bd. de La République)
-- la percée du Bd. de La République (siphon),
-- l'accés à la nouvelle école primaire Jean Giono (siphon),
-- la création du rond point des Arquets (siphon).
Sur la commune d'Hyères, le Béal a une longueur de 6000m dont 2500m en milieu urbain (2000m sont couverts et 500m sont visibles).

** Les canaux secondaires, tertiaires .....
Au fil du temps, des canaux secondaires se développeront jusqu'à l'Eygoutier (à La Crau, vers Toulon via le Pradet ) et jusqu'au Roubaud vers la mer (à Hyères) en créant ainsi une vraie "toile d'araignée hydraulique" qui perdure encore en grande partie aujourd'hui.

** Les différentes façons d'arroser avec le Béal
-- En gravitaire en direct
Après ouverture de l'espancier, l'eau s'écoule par gravité dans des caniveaux maçonnés ou en terre afin de réaliser un arrosage "à la raie, au courant" (l'eau court dans le sillon de terre afin d'arriver jusqu'à l'extrémité du champ).
-- En gravitaire en remplissant une noria

Nous revenons à l'exemple ci-dessus, mais l'eau qui est dans le caniveau va s'écouler dans un puits réservé à l'arrosage qui est équipé d'une noria. Cela permet d'avoir une "réserve d'eau" disponible qui pourra être prélevée avec la noria (mécanisme avec chaine à godets) ou avec une motopompe.
Dans les 2 cas énoncés ci-avant, les propriétés doivent obligatoirement être situé en dessous le niveau du radier du canal.
-- Avec motopompe
L'apparition des pompes actionnées par des moteurs à essence va permette aux riverains situés "au dessus" du Béal de pouvoir pomper directement dans le Béal.
-- Avec pompe électrique
Aujourd'hui les tuyaux "qui trempent" dans le Béal se multiplient notamment dans les lotissements en zone urbaine pour arroser les jardinets de chacun en bordure du canal.


Plan avec le tracé de l'intersection des limites des 4 communes
sur laquelle se trouve le barrage pour le canal ainsi que
la vanne principale et celle de vidange/régulation - (zoom)


Tracé du Béal Jean Natte sur carte Cassini de 1778 - (zoom)


Implantation des 3 moulins sur le Béal :" Moulin d'Intré",
"du Mitan", "d'en bas" - (zoom)


Tracé du Béal et de son canal de fuite jusqu'à l'étang du Pesquier - (zoom)


Le Béal Jean Natte est canalisé à partir du barrage de La Castille
(en haut à gauche) - (zoom)


Barrage actuel réalisé en blocs de pierre assemblés par
des verrous métalliques - (zoom détail)


Martelière de régulation des eaux au départ du Béal


Départ du Béal Jean Natte
pour un parcours de prés de 10km


Mécanisme de manoeuvre pour régulation et vidange
du Béal à La Castille (vu de l'intérieur du local)


Lavoir d'époque avec "ses bugadières"
sur les berges du Béal après le siphon du centre ville
(zoom)


Le Béal avec ses contreforts au quartier des Arquets
Le dessus des parois du canal sont à plus de 3m du sol - (zoom)


Le radier du canal est à plus de 2m du sol posé sur ses arches
qui ont données le nom du lieu-dit : "arquets"


Les très nombreuses arches qui supportent le canal ont
masquées par des remblais de terre. En voici une qui
nous fait un clein d'oeil - (zoom avec schéma voute)


Vue de dessous l'arche. A droite on voit l'arrondi de la voute.
En face, le remblai du côté opposé qui laisse entrevoir
une fenêtre de lumière (haut gauche) - zoom)


Coupe du Béal illustrant les différentes phases de
sa construction : terrassement, piedroits, radier, enduit - (zoom)
document : ASI des arrosants du Canal Jean Natte.


Espancier avec réglage à 3 positions qui permet de régler
le débit de l'eau. Le cadenas évite les manoeuvres malveillantes - (zoom)


Béal au quartier de La Cambaronne à Hyères


Plan joint à un règlement d'arrosage qui part du barrage
jusqu'au quartier des Arquets. Le village de La Crau
en est à sa naissance - (zoom vers l'ensemble des plans d'archive)
- document
: ASI des arrosants du Canal Jean Natte.


Le lavoir sur le Béal au niveau de l'ancien hopital
(ce qu'il en reste!)


Le Béal au début de"sa partie couverte"
après l'ancien hopital


Le Béal en passage souterrain sous l'Avenue Godillot.
Surverse au premier plan à droite


Surverse, vue de face, sur la paroi du Béal avec prise d'eau juste en dessous


Plan du Béal de 1853 avec son lavoir monumental, juste
en amont du 3ème moulin - (zoom)


Lithographie du Béal des tripes avec son lavoir abrité dans la partie supérieure de l'ouvrage - (zoom)



Arrivée du Béal au 3ème moulin, terme de son parcours
industriel, mais non de son parcours d'arrosage - (zoom)


Tracé du Béal en traversée de la partie principale du
village avec représentation des parties couvertes et en siphon
du canal. A noter dans la partie supérieure de l'image
le moulin de la Panouche de 1808 - (zoom)

** Le Béal ....et la pluie ... et les déchets !!!
--- Au fil des années et des siècles, le Béal sert de plus en plus de pluvial de façon volontaire (eau de toiture ou de ruissellement) ou accidentelle (ravinement des terrains avoisinants).
--- Malgré la fermeture de la martelière au départ du canal (débit zéro), les jours d'orage, il arrive que le canal déborde en certains points particuliers.
--- Les collectivités qui utilisent donc le Béal comme "pluvial" ont repris le nettoyage du canal à leur compte.
--- Des vannes mobiles, surverses et limitateurs de débit ont été mis en place en plusieurs lieux sur le parcours au croisement avec des torrents afin d'éviter les débordements du Béal à l'entrée d'Hyères.
--- Des grilles sont disposées transversalement au canal afin de retenir les divers objets qui flottent (feuilles ..... et beaucoup d'autres choses !!!! Un nettoyage régulier doit être réalisé afin de ne pas créer un barrage. Lors des orages se sont des points sensibles à surveiller.



Martelière au rond point des Arquets pour surverse
lors des orages et vidange dans le pluvial
qui va se jeter vers le quartier Notre Dame



Limiteur de crue, surverse et martelière de vidange
au quartier de la Cameronne - (zoom)

Grille qui bloque les divers objets flottants
(ici notamment des déchets de jardin).
En face, un tuyau de pluvial qui se jette dans le canal - (zoom)


Siphon au niveau du Bd. de la République à La Crau. Nous retrouvons : bouteilles en plastique diverses, déchets divers et même .... une lunette de WC !!!

--- Depuis plus de 120 ans, les moulins ont disparu mais l'ouvrage construit depuis 1460 perdure depuis 556 ans !!! . Cependant, de nombreuses terres maraîchères et florales ont fait place à des constructions immobilières et une bonne partie des ayants droit attachés à la propriété familiale arrosent désormais leurs terres avec les eaux du canal de Provence, sans abandonner le système gravitaire alimenté par le Béal .

FILM SUR L'HISTOIRE DU CANAL JEAN NATTE

 


Le canal Jean Natte - de La Crau à Hyères par Histoire_Eau_Hyeres
(publicité DailyMotion indépendante de ma volonté)

Il est important de noter :
-- que les droits d'arrosage du Canal Jean Natte sont
transmis par la terre à une myriade de propriétaires,
-- que c
eux-ci ignorent bien souvent leurs droits sur le Béal qui, par sa présence, est un trésor d'économie,
-- que dans les lieux ou le Canal de Provence est absent, le Béal reste toujours le seul moyen d'irrigation important,

Aujourd'hui encore, partout où le Canal Jean Natte passe, il marque sa présence par un souffle de vie que seule l'eau peut apporter.

LA GESTION DU CANAL

Suite aux abus intolérables, certains ayants droit demande la création d'un syndicat. Le 26 août 1826, le sous-préfet de Toulon prend un arrêté qui autorisa les propriétaires arrosants à se former en Association Syndicale d'Arrosage et à nommer des syndics pour dresser un procés-verbal de reconnaissance de toutes les prises et de désigner un garde (béalier) qui veillera à la distribution et au partage équitable des eaux.
En 1830, Alphonse Denis informe que conformément aux règlements de de 1648 et 1722, il y a 79 espanciers légitimes contre 20 ouvertures illégitimes.
Le 25 mai 1948, un arrêté préfectoral crée une "association intercommunales des ayants droits du Canal Jean Natte" en amont de la Ville d'Hyères.

Le temps passera .... et les réfractaires aux règlements subsisteront.

Au fil des siècles, l'association sera dissoute...... puis recréée.
Il en existe toujours une aujourd'hui sous le nom de:

"ASILAC Jean Natte Jean Natte"
Elle est présidée par M. Franck CHAUVET ( contact : asilacjeannatte@canaux.fr )

Un site relatif à cette association a été créé afin de relater la vie et les activités actuelles de celle-ci.
http://asilacjeannatte.canaux.fr/
Vous y trouverez une copie des articles de presse parus dans Var-Matin :

BIBLIOGRAPHIE
Si l'histoire détaillée du Béal Jean Natte vous passionne, je vous recommande la lecture du livre de Maurice ABBONEN
"Eau" - Moulins d'Hyères
Edition Lacour - Colporteur (1996).
Cet ouvrage est également visible à la Médiathèque d'Hyères.

Le texte ci-dessus résulte d'une récapitulation et d'un condensé de différentes sources d'informations qui sont:
-- Le livre de Maurice ABBONEN référencé ci-dessus
-- Le livre d'Alphonse DENIS et Raoul CHASSINAT - "Hyères, ancien et moderne"
-- Le recueil de Ch. MAUREL "DROITS ET DEVOIRS DES ARROSANTS ET PROPRIETAIRES"
-- Le livre "La Crau, des origines à nos jours"
-- Le livre "Pages d'histoire d'Hyères" de Gustave ROUX
-- Les archives municipales de la Médiathèque d'Hyères
-- Les archives de l'ASI des arrosants du canal Jean Natte.

 

Page mise à jour le 18/3/2014