Historique de l'eau à Hyères

Le climat qui a fait la renommée de notre cité lui impose aussi quelques contraintes, dont la plus constante est la nécessité d'une gestion rigoureuse des ressources en eau. Mais ce n'est qu'à l'époque moderne que le problème a pu être maîtrisé, comme en témoigne le bref rappel historique ci-après. Mais reprenons l'histoire d'un peu plus loin !

LA PREHISTOIRE
Les hommes du néolithique à la période postglaciaire ont séjourné dans notre ville il y a environ 10 000 ans. Des traces de leur présence ont été découvertes en 1904 à San Salvadour sous forme de coquillages, d'ossements, de petits silex, de pointes de flèches en silex. A proximité des fouilles d'Olbia il a été découvert des os cassés de sangliers, cerfs, moutons, chevaux et coquillages divers.
Tous ces vestiges prouvent que les hommes de cette époque ; des dolichocéphales, c'est à dire crâne de forme allongée, étaient des chasseurs et pêcheurs. Ils avaient choisis leur habitat dans des grottes et des abris sous roches, aujourd'hui disparus à proximité des sources de San Salvadour, La Font des Horts.
D'autres traces d'occupation remontant à la préhistoire ont été trouvées dans la rue du Puits Saint Pierre, en contrebas du chateau. Une pierre en schiste de 14 mètres de long comporte 200 gravures. Ci-contre la reproduction de cette "pierre à cupules".


Reproduction de la "pierre à cupules" (avec quelques signes
complémentaires qui ne sont pas d'époque) - (zoom)

Gravure illustrant le peuple "Ligure"
LES PREMIERES CIVILISATIONS

C'est vers 3000 av JC que les premières civilisations vivaient dans la région hyéroise. Mais c'est vers 1800 av J.C. que les ligures vinrent coloniser cette terre avant d'en être chassé vraisemblablement par les Italiotes et les Korsis (Corses). Nous retrouvons des traces de cette occupation avec " 'l'oppidum " de Costebelle (emplacement de Notre Dame de Consolation).
Vers 800 av J.C. les Phéniciens y auraient installé un comptoir.

Panneau indicateur sur le site de" l'Oppidum de Costebelle" - (zoom)

L'EPOQUE GRECQUE ET ROMAINE
La population celto-ligure, suivant en cela ses ancêtres du néolithique, utilisait l'eau des sources relativement abondantes au pied des reliefs collinaires entourant ce lieu de peuplement.

* Olbia de ligurie
Ce comptoir commercial fortifié (à l'Almanarre), fut fondée vers le 4ème siècle av J.C. par des marins grecs venant de Massalia. Ils faisaient le commerce de vin, de peaux, de corail et aussi de sel. Ce dernier provenait probablement d'une exploitation empirique " des vieux salins ".
- Eau potable
Les fouilles réalisées ont permis de mettre à jour un puit qui a été creusé vers 350 avant JC lors de la création d'Olbia. Il a toujours une eau d'excellente qualité, et a probablement permis d'alimenter l'ensemble de la population d'Olbia ainsi que les thermes durant sa période d'activité. Ce puits a un diamètre d'environ 1,50m et une profondeur de 8m (4m de la partie supérieure sont bâtis avec des pierres et 4m ont été directement taillés dans le substrat rocheux). Lors de son nettoyage, il a été retrouvé des objets divers datant de l'époque grecque et romaine. Ceci a permis aux archéologues d'en tirer des renseignements intéressants.
Il n'a été trouvé aucune trace de conduite ou canal d'amenée d'eau potable dans l'enceinte de la cité qui a abrité jusqu'à 1000 personnes dans des habitations toutes identiques suivant un urbanisme régulier.
L'enceinte fortifiée primitive avait 165m de côté avec sa porte principale située à l'Est..


- Eaux usées
Il existe par contre sous différentes rues et ruelles des caniveaux de récupération des eaux usées entièrement en pierre avec dalle de couverture.

* Pomponiana
Vers le 2ème siècle avant notre ère, ce sont les romains qui établirent une station de galères à Pomponiana (à proximité d'Olbia).
Un aqueduc a été construit à partir de la source de San Salvadour afin d'alimenter les thermes qui se situent entre le rivage et la route départementale actuelle comme figuré sur le plan dressé en 1865.
Cette vie latine dura jusque vers les 5 et 6ème siècles.
Olbia-Pomponiana déclina et fut peut-être détruite lors des grandes invasions barbares. Les habitants survivants à cette trouble période quittèrent le bord de mer et se réfugièrent sur les hauteurs de la colline du (futur) château. Initialement ces points hauts étaient constitués par de simples aménagements sur les plates-formes rocheuses. Les fortifications étaient alors en terre et bois appelées "mottes".

963
En 963, une charte mentionne pour la première fois le nom d'Hières (Eyras), ses salines et ses pêcheries.

1062
En cette année, l'évêque de Rostaing et ses frères Amiel et Gui donnèrent les églises Saint-Michel et Saint Georges. Sur cet acte il est fait mention pour la première fois du castrum (=ville fortifiée), appelé également vulgairement Héras. On dira par la suite Castrum Arearum (place forte des aires). Cet acte précise que l'église Saint Michel voisinaient au sud avec "une source (fons) nommée Alma Narra" ce qui situe cette église sur la colline de Costebelle.
Ce sont les seigneurs de Fos qui édifient cette première forteresse en pierre qui s'est progressivement constituée de 3 enceintes fortifiées. Au centre, une vaste citerne de 17m2 au sol et 7m de hauteur (84000 litres) recueille toutes les eaux de ruissellement. La partie supérieure est voutée en plein cintre et son étanchéité est assurée par un mortier de tuileau (toujours visible). Dans la tour ronde au nord, il y a un deuxième point d'eau qui abrite un puits ou une citerne.
A ce moment là, Hyères est une petite bourgade qui s'étend au pied du château et de la chapelle Saint Pierre.
Les maisons sont construites progressivement en trois étapes en descendant la colline. Cela donnera lieu à l'édification de 2 murailles avec différentes portes d'accès (en plus de celle du château). La limite de la ville haute se situe dans l'alignement de la rue Barbacane & de l'église Saint Paul. Pour la ville basse les limites sont l'Av. des Iles d'Or, Général De Gaulle & Eglise Saint Louis (Porte Fenouillet & Porte Massillon).
A cette époque du début du moyen âge, les maisons sont essentiellement constituées d'une pièce unique avec des séparations symboliques faites de barrières, de planches et de rideaux. Cette pièce sert à la fois aux humains et aux animaux avec pour seule ouverture la porte d'entrée . Si des ouvertures complémentaires sont aménagées, elles sont fermées à l'aide de volets de bois, de toiles cirées ou de peaux (le verre plat commencera à se répandre à partir du XVème siècle). Des prises d'air dans les murs sont indispensables au fonctionnement de la cheminée qui est généralement au centre de la pièce. Les besoins en eau de la population sont assurés à partir de la récupération des eaux de pluie par les toitures ou de ruissellement sur toutes les surfaces disponibles. Ces eaux sont stockées après un filtrage sommaire dans des citernes pour les besoins ménagers. L'eau pour la boisson est récupérée dans des puits artésiens creusés dans les maisons, dans les jardins lorsqu'il y en a et en dernier recours dans les puits se situant dans la partie basse de la ville..
Avec le " tout à l'égout " dans la rue, l'eau de ces puits est certainement souvent polluée et celle qui croupie dans les citernes ne doit pas être de meilleur aspect.
A ce moment là, les besoins en eau sont de l'ordre de 5 à 7 litres par jour et par personne (eau de pluie et eau potable). La population se contente d'une toilette sommaire, la vaisselle est restreinte et les chasses de WC inconnues. Les lessives qui nécessitent beaucoup d'eau se font le plus souvent à la rivière ou dans les torrents urbains lorsqu'ils coulent. Ces lessives étaient beaucoup moins fréquentes qu'aujourd'hui.

1238
Salimbene parlait d'Hyères comme d'un "castrum grandement peuplé". Pour la grande majorité de cette population, l'activité était essentiellement agricole, source d'une production très diversifiée (jardins, cultures céréalières, prés, vignes, myrte, olivaies, figuiers).
Le règlement de police de 1238, nous révèle la présence d'un réseau d'irrigation régulé par des écluses. Le même règlement témoigne de l'importance de l'élevage, car il prévoyait toute une série d'amendes pour le non respect de règles pour faire passer et paître les troupeaux dans un certain nombre de terrains.



Schéma de l'enceinte fortifiée du site Grec d'Olbia avec position du seul puits actif dans la cité


Détail ruines des thermes du site romain de Pomponiana
dressé en 1865 par M. De Poitevin-
(zoom)


Carte ancienne mentionnant "Eres" et les "Iles d'Eres" - (zoom)


La forteresse d'Hières avec son immense citerne au centre & dans la tour nord - (zoom)


Une citerne d'environ 3 m3 est aménagée dans la paroi au fond de cette salle voutée rue St Bernard à Hyères. Les eaux de ruissellement sur la paroi sont dirigées vers la citerne par des entailles aménagées . (zoom)


Localisation des chapelles rurales au XIème et XIIème siècle - (zoom)


Extrait de carte de 1727 d'Hières sur laquelle sont figurées les salines et un passage à travers le double tombolo - (zoom)

1460
La construction du Béal, à l'initiative de Jean Natte, inaugure la longue série des travaux destinés à apporter un complément aux volumes limités fournis par les sources et les puits privés.
Ce canal a sa prise d'eau en dérivation du Gapeau sur l'écluse de La Castille sur la commune de Solliès-Ville en limite de La Crau. Celui-ci alimente dès lors les 3 moulins à eau d'Hières (à partir de 1486).
Le Béal permet de mettre en valeur toute la zone agricole qui se trouve sur son parcours. Au fil des années les surfaces de terres cultivées augmentent .... et les besoins en eau aussi. Commence alors "la guerre de l'eau" entre les "ayants droits", ceux qui réalisent sur le canal des prises illégales et les moulins qui a certaines périodes ne voit plus arriver l'eau pour faire tourner leur mécanisme.
Cette eau est également utilisée pour les besoins domestiques et la boisson après quelquefois une filtration sommaire. Une eau "claire" est alors considérée comme "potable". Pourtant ce canal à ciel ouvert reçoit sur son parcours bien des objets sources de pollution !

1564
" ..... Vers 1550 peut-être, les syndics (maires et adjoints) voulurent amener les eaux d'une source (sans doute celle de La Vierge) dans la basse ville, afin d'alimenter une fontaine.
Mais il faut croire que les finances communales ne purent couvrir les frais de cette création puisque en novembre 1564, nous voyons le roi Charles IX qui venait de séjourner à Hyères et qui voulant marquer sa bienveillance envers les Hyèrois leur accorda 2000 livres pour "parachèvement de la fontaine de la dite ville".
Cette première fontaine hyèroise devait être monumentale et faire l'orgueil de nos pères. Où pouvait-elle bien s'élever ? Dans la basse ville certainement et peut-être, au bas de la "grand carriero" (rue Massillon), au lieu dit : "La Fouant de La Gavouato" . Mais nous n'affirmons rien, faute de document".
(2)

Une conduite en bois d'environ 15 cm de diamètre extérieur et 6 cm intérieur a été découverte vers 1990 lors de terrassements réalisés pour la construction d'immeubles à l'Est de l'avenue Victoria (au droit de la Clinique Sainte Marguerite). L'étanchèité se faisait bout à bout sans joint par la dilatation du bois (comme les tonneaux pour le vin). Une piece métallique permettait de garder les tuyaux en alignement.

"Au cours des XVI et XVII ème siècle, la question de l'eau fut un des grands soucis de nos édiles. Nous lisons en effet dans un rapport de la Communauté fourni à l'administration de la Province en 1698, que "l'eau potable, rare de tout temps, manquait entièrement en été et le climat était devenu si malsain que la population était décimée chaque année par toutes espèces de maladies ; de telle sorte qu"en 1695 des régiments de soldats ayant campés pendant quelques mois auprès d'Hyères, l'infection de l'air et la mauvaise qualité de l'eau potable les maltraitèrent tellement que presque tous furent dangeureusement malades et qu'un grand nombre moururent." . (3)

1698 (2)
".....On lit dans un document officiel de 1698 que si la ville manque d'habitants, la cause en est "le défaut et le manque des eaux, et principalement pour boire, ni ayant point de puits dans toute la ville dont l'eau ne soit tout à fait mauvaise, ce qui est cause qu'on la regarde comme une ville sitibonde (c'est à dire assoifée) dans laquelle on peut dire comme le prophète : "Aquam nostram pecunia bibimers" (nous buvons notre eau à prix d'argent), et en effet si l'on veut avoir de l'eau bonne à boire, il faut l'aller chercher à un quart de lieu loing et au delà...."
1737
(1)
Recherche d'eau au quartier de la Souquette (à l'Est des ruines du Vieux Chateau)
-- le 25 août 1737
"......La communauté a choisi de confier la recherche du lieu et le creusement d'une mine pour trouver de l'eau à sieur Gabriel Matty, fontainier habitant à Draguignan.....".

-- le 14 août 1738, le contrat est rédigé en ces termes:
" ....sieur Jacques Letournel
, maire et consul de la Communauté d'une part et Gabriel Matty, fontainier originaire du lieu de Roquevaire habitant en la ville de Draguignan de l'autre, de leur gré ont convenu et accordé que le G. Matty promet et s'oblige d'indiquer et trouver à la ville Communauté des sources d'eau vive en ce terroir au quartier de La Souquette vers le puits qui se trouve au dit quartier, capable à pouvoir donner et fournir continuellement à la plus grande sècheresse de l'été. ....... Le creusement de la mine sera fait de la longueur nécessaire, d'un hauteur de cinq pans (env. 1,25m) et d'une largeur de 3 pans et demi (env. 0,88m)...... pour la recherche et découverte des eaux de la source du puits de La Souquette pour les fontaines que la ville a déterminé de faire........La rémunération sera de 52 livres par cane creusé (longueur 2,00m env.)

-- le 31 mai 1739 : extrait des délibérations du Conseil Municipal
....."le mineur des fontaines n'a pas trouvé d'eau. On arrête les ouvrages".

1751
Les élus de l'époque finissent par considérer que l'eau du Béal peut comporter des risques à être utilisée comme eau domestique et de boisson lorsque les puits sont à sec.
En 1751, le gouvernement de la province lui-même s'émeut du manque d'eau dont souffre la ville. L'intendant de la province, Jean-Baptiste Gallois de la Tour propose à la communauté de faire des fontaines avec l'eau des sources d'Hières et de celle de La Monache qui est mélangé à cette époque avec celle du Gapeau et du Béal. Le sieur de Selle, propriétaire de La Castille (ou se trouve la source) s'oppose au projet. (1)

1752
Un contrat est signé avec les entrepreneurs le 18 novembre 1752, afin d'amener les eaux des sources du quartier des Fontamous; la source de La Vierge et celle de Coupiane.
Ce projet moins onéreux
et ne présentant aucune contestation conduit le 19 novembre 1752 le conseil à renoncer "à la Monache". De plus ses membres n'ont pas la compétence pour lire les vieux textes des archives communales pour essayer de faire valoir leur bon droit.
L'intendant de Provence blame la décision du conseil. Le conseil du Roy s'occupe lui-même de l'affaire et rend un arrêt à la date du 15 janvier 1754 ordonnant de dériver les eaux de Monache "sur laquelle la communauté d'Hières a droit en vertu d'une transaction passée le 10 avril 1477 entre elle et le seigneur de Solliès, pour les conduire dans le canal des Moulins"
(ou Béal) (1).

1754
Les sources de "la Vierge" et de "La Coupiane", situées en haut de Costebelle,
sont canalisées dans des tuyaux en poterie jusqu'à la bourgade sur une distance d'environ 2,5 km. Les travaux sont réceptionnés en mars 1754. Les entrepreneurs doivent une garantie de 2 ans sur les ouvrages réalisés. Cependant les fontaines ne sont toujours pas construites en raison de problèmes de terrassement.
Le 17 mars 1754, le Conseil de Ville, fort de l'arrêté du 15 janvier, ordonne de procéder d'urgence à la dérivation des eaux de la source de la "Mounache" (ou Monache) pour l'usage des fontaines dont on a un pressant besoin en cette ville (1).

1757
Le 13 novembre 1757, les fontaines des Récollets (place des Palmiers), du Portalet, de la Gavotte (angle rue Massillon/rue des Porches), des Cordeliers (devant l'église) sont achevées mais coulent à peine et quelques unes de façon intermittente. Une expertise est demandée. (1)
Cela permet cependant aux habitants d'avoir un minimum d'eau potable…. dans la partie basse de la ville au niveau des remparts. Il faut donc remonter l'eau jusqu'aux habitations. Le métier de "porteur d'eau" était né.
Afin de remercier l'intendant de son intervention, la fontaine du Portalet est ornée des armes de Gallois de La Tour, sculptées dans le marbre. (2)

1761
La conduite de La Monache, faite de borneaux en poterie est posée en parallèle au canal du Béal. L'amenée de l'eau se fait simplement par gravité avec sur le parcours une dizaine de cheminées "d'évent" (dont une subsiste encore aujourd'hui). Elle alimente 2 fontaines (une située en contrebas de l'Hotel des Ambassadeurs et l'autre à proximité du filtre aménagé sur le Béal).
Le profil de la conduite ne permet pas de positionner les fontaines à un niveau supérieur.
Cette eau vient, à partir de 1761, en complément à celle des sources de la " Source de La Vierge" et de "La Coupiane".


Les puits publics les plus connus à cette époque sont :
--- "le Puits Saint Pierre" au pied de la forteresse et près de l'ancienne église paroissiale du même nom,
--- "le puits de la rue du Puits" qui fût condamné en 1763,
--- "le Bon Puits" situé au sud-est de la place de la Rade, au milieu de l'avenue A. Denis qui sera détruit vers 1835.

1785
Dans un extrait de presse du journal La Vie Hyèroise n° 110 du 15/03/1936, il est indiqué que "......quand aux sources de la Vierge et de La Coupiane, elles continuèrent à donner leurs eaux - ou une partie - à nos fontaines ; l' entretien de leurs conduites était mis aux enchères. Il fut adjugé en 1785 pour 4 années moyennant les gages annuels de 150 livres".

1830
Les habitants du quartier demande l'implantation d'une fontaine au niveau de la Porte Fenouillet. La conduite en poterie venant de la source de La Vierge donne des signes de faiblesse notamment sur les tronçons où passent les charettes. Ponctuellement le plomb remplace la terre cuite sur ces tronçons particuliers (1).

1841 (1)
Extrait de délibération du conseil municipal du 9 mai 1841 (1D1)
" .....Les tuyaux de plomb et de poterie des conduites des fontaines sont remplacés par des tuyaux de fonte".

1847
Le manque d'entretien de la conduite de La Monache (dépôts de limons, fuites et obstruction par les racines) mettent en péril son exploitation.
En été l'eau manque à nouveau car il n'existe aucun moyen de stockage. Plusieurs démarches pour réparer et remettre la conduite en service n'aboutissent pas.
Le 14 novembre 1847, le conseil municipal se décide de réaliser des travaux sur la conduite. Nous ne trouvons pas trace de l'exécution de ces travaux dans les archives.

1851
L'activité des moulins décline, ils sont progressivement abandonnés face à concurence des minoteries.
Les disponibilités des eaux de source allant en diminuant, il est décidé de filtrer l'eau du Béal pour la transformer en "eau alimentaire". L'invention en 1792 du bélier hydraulique permet d'envisager de monter l'eau dans la partie supérieure de la ville.
Le moulin de la rue de Limans est transformé en bélier hydraulique en 1851. Il élève l'eau du Béal, épuré par un filtre, jusqu'au petit réservoir de la maison curiale afin d'alimenter directement les fontaines situées en contrebas de la place Saint Paul.

 


Tracé du Béal Jean Natte depuis l'écluse de la Castille et les 3 moulins d'Hyères - (zoom)




Départ du Béal en haut à gauche de l'écluse de La Castille




Canal Jean Natte aux Arquets à La Crau




Tour d'évent de la conduite de La Monache qui est en parallèle au canal du Béal





Découverte de la source de La Monache après 100 ans de sommeil sous la végétation



Tronçon de bourneaux en poterie retrouvé en bordure du Béal - (zoom détail)




Détail d'un joint d'emboitement

 

 

 


Article extrait du journal République de 1962 relatant la vidange de la citerne - (zoom sur photo retouchée)

1862
Comme le débit moyen de la "source de La Vierge" située Chemin des Fontaines de La Ville diminue progressivement d'année en année, notamment en été, le Conseil Municipal, présidé par Alphonse de Boutiny vote, le 20 juillet 1862, le projet de construction de la citerne de l'Ermitage sous la colline de Costebelle malgré une enquête publique défavorable à ce projet.
Cette citerne est rapidement construite suivant les plans et devis de l'architecte de la ville, M. Trotobas. Elle est constitué d'immenses voûtes de briques sur plus de 40 piliers de pierres de 1 mètre de côté. Celle-ci, de forme carré ou restangulaire a une hauteur de 7,00 mètres (hauteur d'eau 6,50 mètres) et une capacité de 6000m3 environ. Remplie par la "Source de La Vierge", elle permet de réguler l'alimentation des fontaines publiques en été, lorsque le débit de la source diminue ou tarit.
Les seuls points d'approvisionnement offerts à la population sont alors les fontaines :
--- 1° des Palmiers,
--- 2° du Portalet,
--- 3° de La Gavotte (Rue Massillon/rue des Porches),
--- 4° de la Place de la Rade et
--- 5° du Bon Puits.
Suivant l'utilisation des fontaines (fermeture éventuelle la nuit) cela pouvait permettre de tenir de 30 à 60 jours suivant le niveau de remplissage initial du réservoir.
Cependant, avec l'augmentation des besoins, cette solution s'avère bientôt insuffisante et l'eau manque toujours en été.


Localisation des 4 fontaines alimentées
par la source de La Vierge - (zoom)


Localisation du "Bon Puits" - (zoom)

1864
En 1864, est voté le projet de l'usine hydraulique. Celui-ci consiste en la mise en place d'une roue turbine qui actionne deux pompes à double effets et à plongeur qui débitent 25m3/heure. Celles-ci refoulent l'eau du Béal, filtrée préalablement, jusqu'à la place Saint Paul afin d'alimenter 15 bornes fontaines (ou bouches d'arrosage) ainsi que 3 fontaines monumentales.
La conduite de refoulement initiale, qui ne résiste pas aux "coups de bélier", est remplacée en 1869 par une conduite en fonte salubre.
Il subsiste encore à ce jour une fontaine de l'époque à 50 mètres environ à droite en montant la collégiale Saint Paul (rue Barbacane, face rue Sainte Catherine).

1870
La ville d'Hyères cherche toujours des ressources supplémentaires pour alimenter ses fontaines durant toute l'année car en été l'eau manque toujours. Les besoins pour la population urbaine sont estimés à un minimum de 100m3 par jour dont environ 10m3/jour fournis par les puits et citernes situés dans les habitations.
En 1870, la Ville est en pourparler avec le sieur BRUN pour acheter la source Nègre à Solliès-Toucas qui est une résurgence alimentée par une dérivation d'un barrage sur le Gapeau. Il faut pour réaliser les travaux un décret d'utilité publique pour "dévier" les eaux de la rivière sur 15 km, avec un fort risque de perturber l'économie hydraulique sur tout ce parcours (moulins divers, canaux d'irrigation etc. ) et en plus avec aucune garantie du vendeur quant au devenir de la source.
Il est question de dévier 12 000 m3/24h dont 4 000 m3 serait pour Hyères. La participation de la ville à ces très importants travaux serait de 60 000 francs annuel pendant 50 ans, hors travaux de distribution dans la ville. A ce moment là, la commune a déjà un passif de 538 000 francs et les habitants sont écrasés de taxes. L'opposition à ce projet s'organise (notamment le mémoire de Casimir Arène de 1872). Le décret d'utilité publique tarde à sortir.

1876
Pour résoudre enfin ce problème d'alimentation eau de manière définitive. La Commune décide alors la création d'un véritable réseau de distribution publique.
Deux projets sont en conrurence. Celui de M. Brun qui projette d'amener l'eau de la source Nègre en détournant une partie des eaux du Gapeau depuis Solliès-Pont par une conduite de 15km de long et celui de la Compagnie Générale des Eaux qui projette de tirer les ressources en eaux au quartier du Père Eternel pour sa distribution.
Lors de la réunion de la commission municipale du 30/12/1875, celle-ci décide de faire appel à la Compagnie Générale des Eaux. Une convention est signé le 16 févier 1876, approuvée par le préfet et enregistré à Hyères le 3 mai. La Compagnie Générale des Eaux s'engage à construire le réseau et les équipements à ses frais sur une zone urbaine définie. En quelques mois seulement, 6 km de canalisations sont posés.
Une station de pompage, à machines à vapeur, est installée au Quartier du Père Eternel à proximité de nouveaux puits. Cette station a une capacité de refoulement de 1200m3/jour. Elle peut remplir le réservoir du Paradis (capacité 400 m3, altitude 90 m) et permet ainsi d'alimenter l'ensemble de la basse ville jusqu'au niveau de la Place de la Collégiale Saint Paul. De très nombreuses bornes fontaines et bouches d'arrosage sont installées dans tout ce secteur. Les besoins d'eau à ce moment là sont d'environ 500m3/jour (y compris l'eau pour le nettoyage des rues).
Les archives de la ville de Hyères donnent deux jalons qui permettent de mesurer le chemin parcouru en cinquante ans. Une adjudication de 1836 de l'entretien des fontaines publiques de la ville dresse un état détaillé des édifices existants à cette date. Ils sont au nombre de huit, tous dans l'alignement des remparts.
En 1888, l'inventaire de la Compagnie Générale des Eaux décompte : 19 bornes-fontaines, 4 fontaines (de la Place République, de La Gavotte, du Portalet, des Palmiers), 7 concessions d'eau au compteur, 8 concessions d'eau à la jauge, 3 concessions d'eau à prise libre (bouches d'incendie), 6 vespasiennes et un urinoir, 4 diverses fontaines ou pompes et un abreuvoir. Toutes ces installations sont réparties sur l'ensemble de la Basse Ville et vont également jusqu'aux Salins d'Hyères en passant par Saint Nicolas Mauvanne.
Suivant le contrat de concession, la ville d'Hyères continue à utiliser le réseau de la Source de La Vierge et de La Coupiane pour ses propres besoins. Cependant, le débit des sources diminue progressivement. La canalisation en poterie de 200 mm, qui amène l'eau au bassin de l'Ermitage, se détériore et s'obstrue, la source est encombrée de dépots de sable et de vase. L'étanchéité du bassin se dégrade également (il est construit en pierre de taille avec des voûtes en briques pleines).
La conduite en poterie est remplacé par une conduite en fonte de 150mm.

1880
"La question des eaux de la source Nègre rebondit en 1880, quand MM. Charles Van der Eest, nouveaux propriétaires de la source, passèrent un traité approuvé par le Préfet le 18 décembre 1880. Ce projet n'aboutit toujours pas." (3)

1883
Un courrier du 22/02/1883 de la Cie Générale des Eaux demande à la Mairie l'autorisation d'utiliser l'eau de la source de La Vierge contenue dans la citerne de l'Ermitage durant quelques semaines afin d'éviter les manques d'eau dans la ville, suite à la rupture de la chaudière de la machine n° 1. Cette lettre indique que la source passe en surverse environ 500m3 par jour car elle n'est plus utilisée. Les besoins en eau du réseau d'eau potable de la ville à cette date sont également d'environ 500m3 par jour.
Une pompe aspirante-refoulante actionnée par une locomobile est mise en place à la citerne de l'Ermitage. Elle refoule l'eau dans le bassin privé de 56m3 de M. Corbett situé au quartier de La Luquette, à l'altitude 97m (légèrement plus haut que celui du Paradis). Des conduites de communication sont mises en place entre les deux réseaux.
Cette alimentation provisoire durera les mois de mars et avril 1883.

1896
".....En cette année, il est encore question de l'adduction des eaux Nègre, mais le Préfet juge la question insoluble et l'affaire est enterrée...... (3)

Quatre fontaines continuent à être alimentées par intermitence suivant les problèmes d'exploitation par ce réseau spécifique appartenant à la ville, jusqu'au début de l'année 1933. Les branchements sur celui-ci sont supprimés suite à un courrier de la Mairie d'Hyères du 03/01/1933.


Plan 1864 - Coupe sur turbine hydraulique entrainant deux pompes à pistons ainsi que l'axe du moulin - (zoom)


Dernière fontaine d'époque au croisement de la rue Barbacane & Sainte Catherine


Couverture du mémoire de 1872 de Casimir ARENE
relatif à la Source Nègre


Creusement du puits de la Cambaronne en 1896
(zoom)


Extrait de plan d'avant 1900 - le réseau d'eau potable ne va pas au dela de la place St Paul - (zoom)

1932
La Municipalité, conduite par le Docteur Léopold Jaubert, signe avec la Compagnie Générale des Eaux un important avenant à la Convention d'origine par lequel l'importance du réseau et des ressources sont considérablement augmentés.
L'Usine du Père Eternel est alors équipée de pompes à pistons entraînées par des moteurs à huile lourde (gazole). La capacité de production est portée à 6000 m3/jour et le premier poste de stérilisation est installé pour traiter l'eau avant sa distribution.
Afin d'alimenter les hauts quartiers de la Ville, une usine relais est aménagée à l'angle de la rue Saint-Esprit et Barbacane. Elle remplit le nouveau réservoir de 500 m3 du "Château" qui est à l'altitude 146m.
Aux Vieux Salins un réservoir régulateur de 25 m3 est également construit afin d'assurer une sécurité d'alimentation pour le hameau. Il est alimenté à partir du réservoir des Grés par la conduite en ciment de 150mm posée vers 1880. Il sert notamment au ravitaillement en eau des navires de la marine.
Un programme de remplacement de plus de 5400 m de conduites existantes est entrepris, avec, en plus, la pose de plus de 19 km de conduites nouvelles.

1967
L'Usine du Père Eternel est entièrement rénovée. La capacité de production passe à 36.000 m3/jour. L'automatisation fait son apparition. Six nouveaux forages situés au Golf Hôtel, sont mis en service pour compléter les ressources tirées des deux puits du Père Eternel.
Les risques de remontées d'eau saumâtre dans la nappe d'eau douce par le lit du Gapeau ont conduit depuis longtemps les responsables à édifier un barrage, dit "anti-sel". Cet ouvrage, initialement entièrement maçonné, a été détruit lors de la deuxième guerre mondiale. En 1969 une digue à hauteur variable constituée par un gros "boudin" en matière plastique gonflable à l'eau est mise en place (barrage anti-sel). Celui-ci s'escamote automatiquement lors des orages afin de ne pas gêner l'écoulement optimum du Gapeau.

AUJOURD'HUI
Le réseau continental comporte aujourd'hui 320 km de conduites et environ 900km de branchements. La topographie très accidentée, ainsi que la très grande étendue de la Commune ont nécessité au total la construction de 12 stations de pompage qui remplissent 15 réservoirs d'une capacité totale de 24000 m3. Toutes ces installations sont surveillées en permanence par un réseau de télécontrôle. Tous les renseignements sont traités par l'ordinateur central de l'Usine du Père Eternel, ce qui permet un rendement optimum des installations et une détection rapide des anomalies éventuelles.
Un service de permanence assure toutes les urgences.
L'importance des infrastructures s'explique aussi, en partie, par l'accroissement de la population en période estivale. La Commune passe ainsi de 50000 à 150000 habitants environ. Le triplement des besoins ( jusqu'à 29000 m3/j. en 2003) et le souci permanent de ne pas surexploiter la nappe phréatique du Gapeau ont conduit à demander un apport complémentaire au Syndicat Intercommunal des Communes de la Région Est de Toulon, à partir des réserves constituées par les retenues du Trapan et de Carcès.
L'usine des Maurettes (au dessus du lotissement Mont Soleil) traite en été (si nécessaire) l'eau brute du Canal de Provence. Cette eau complémentaire est amenée directement à l'usine du Père Eternel.
Toutes les eaux distribuées à partir de cette usine sont traitées au chlore gazeux et la qualité de l'eau est constamment surveillée par le Laboratoire Municipal de Toulon.
Il est à noter que 553 ans après sa construction, Le Béal Jean Natte existe encore, sur la totalité de son parcours initial. Il est toujours utilisé pour l'irrigation ..... et sert aussi de pluvial lors des orages.


Pompes à pistons entainées par moteur à huile lourde


Pose de conduite 125 Bonna au pont
de La Vilette en 1926
- (zoom)


Salle des pompes Usine du Père Eternel en 1967


Barrage anti-sel sur le Gapeau


(1) Informations recueillies dans classeur FP0261 de Mlle VERDIER consultable à la Médiathèque d'Hyères
(2) Extrait de revue de presse de Gustave ROUX - Médiathèque d'Hyères 
(3) Extraits d'articles de presse du journal "La Vie Hyèroise" n° 110 du 15/03/1936 - Médiathèque d'Hyères

 

dernière mise à jour le 06/11/2014