|
|
|
L'eau
des marécages d'Hières
création et dessèchement |
|
Le
cours du Gapeau à travers les âges |
|
La constitution des marécages et des cordons littoraux résultent
essentiellement des apports des alluvions du Gapeau, du Roubaud et du
Pansard qui au fil des millénaires ont "rempli" la
rade d'Hières sur environ 15 kilomètres (repère
sur côte -50 mètres de la carte géologique).
M. Lutaud, professeur de Géographie physique à la Sorbonne,
a réalisé une étude sur les alluvions du Gapeau
et de son principal affluent, le Réal Martin. Il a ainsi démontré
que le Gapeau passé initialement par la cuvette de La Garde,
puis tournait à l'est, se dirigeait, vers Hières et la
mer, suivant la dépression naturelle entre le massif Paradis-Mont
des Oiseaux et les Maurettes (lit actuel du torrent Le Roubaud).
Les alluvions se jetaient alors dans l'alignement du Palyvestre ; ce
qui "chargea" probablement, en premier lieu, cette zone.
(voir
les détails sur page spécifique "Géologie
- Cours du Gapeau" - Cliquez !)
|
Mise en évidence du niveau
-50 m. qui montre le volume d'alluvions apporté essentiellement
par le Gapeau - (zoom) |
Variation
du niveau des océans au fil des millénaires
|
|
Les
carottages effectués dans la glace dans la région de Vostok
ont permis de reconstituer les
variations du niveau des mers au fil des 420 000 dernières années.
Le dernier niveau "haut" des océans remonte à
environ 120 000 ans et la dernière glaciation (niveau bas) à
18 000 ans.
Si le double tombolo existait déja il y a 120 000 ans, il aurait
forcemment subit l'effet de l'érosion durant
les 102 000 ans ou la mer a progressivement baissé son niveau
pour atteindre -125 mètres.
La constitution progressive du
simple, puis du double tombolo est une énigme quand à
sa période de sa formation. Il est cependant certain que le cordon
littoral compris entre l'embouchure du Gapeau et Giens a constitué
en arrière une zone de marécages et d'étangs. Ces
dépots de sédiments n'ont pu se constituer que lorsque
le niveau de la mer s'est trouvé à un niveau voisin de
celui d'aujourd'hui.
Ces périodes se situent :
--- Il y a 5000 ans, ou le niveau de la mer était remonté
à -5 m (-120 m il y a 18000 ans).
(voir
détails sur page spécifique "Géologie - Variation
du niveau des océans" - Cliquez !)
Si des dépots
de sédiments s'étaient constitués au stade actuel
il y a 120000 ans, la baisse du niveau des mers durant la période
qui a suivi, aurait probablement occasioné le ravinement d'une
grande partie de ces sédiments. Là encore l'énigme
reste entière ; on ne peut faire que des suppositions !
|
Constitution
du double tombolo et des marécages |
|
Hypothèse
sur la constitution du double tombolo de Giens
- (version mars 2013)
Les carottages effectués
dans la glace dans la région de Vostok ont permis de reconstituer
les
variations du niveau des mers au fil des 420 000 dernières années.
Le dernier niveau "haut" des océans remonte à
environ 120 000 ans et la dernière glaciation (niveau bas) à
18 000 ans.
Si le double tombolo existait déja il y a 120 000 ans, il aurait
forcemment subit l'effet de l'érosion durant
les 102 000 ans ou la mer a progressivement baissé son niveau
pour atteindre -125 mètres.
En
fonction des informations et réflexions détaillées
sur cette page , je n'ai
pas pu résister à la tentation de réaliser une
"simulation" de ce qui "aurait pu se passer" il
y a quelques milliers d'années.
Je
vous rappelle que celle-ci n'est qu'une "hypothèse personnelle".
---
Documentation disponible
A partir de nouveaux documents (1) établis par BLANC Jean Joseph
dont j'ai pris connaissance en ce début d'année 2013,
je revois mon hypothèse afin que celle-ci soit cohérente
avec ces dernières informations.
Je vais utiliser pour cela :
-- Plan A - Une coupe de terrain réalisée à partir
d'un sondage au milieu du tombolo ouest,
-- Plan B - Un plan illustrant la présence d'un cordon antique
induré devant l'ancienne cité d'Olbia,
-- Plan C - Une coupe de terrain dessinée après la réalisation
d'un forage au village de La Capte sur le tombolo Est.
-- Plan D - Une coupe en travers du lit du Gapeau au niveau du quartier
du Moulin Premier.
-- Plan E - Un plan illustrant la présence de "paléo-chenaux"
dans le prolongement du Gapeau et du Pansard.
---
Réflexions
Si nous nous positionnons dans le temps à -11 000 ans.
-- Pour le tombolo Ouest nous avons des grés indurés datant
de 28 000 BP qui nous indiquent une arête rocheuse entre l'Almanarre
et Giens sous 3 mètres d'eau environ. (plan A et B)
-- Pour le tombolo Est nous trouvons sur le plan C :
---- du grés permien à partir de -70 mètres (250
Ma BP),
---- des éboulis à lentilles argileuses rouges de 40 à
70 mètres (de -12 000 BP à - 3 Ma BP).
---
Première conclusion
Les
différents sondages nous apportent la preuve que le double tombolo
dunaire s'est constitué durant la dernière remontée
des océans. (- de 18 000 ans). Celui-ci est donc tout rescent
..... par rapport aux périodes géologiques.
---
Apport des alluvions
Il est écrit ans certains documents que
le Gapeau se jetait à une certaine époque dans le "Port
de Toulon". Si nous observons la carte des fonds marins en ce lieu,
nous constatons que la
ligne des -30m se situe juste au niveau de la digue du port et à
seulement 400m du rivage au large du Cap Brun et du Bou Rouge alors
qu'elle est à 3000m du tombolo ouest. Si le Gapeau s'était
jeté dans le port durant quelques milliers d'années, la
grande rade aurait probablement était remplie comme du côté
d'Hyères. Sauf informations
contraires, il peut être considéré qu'il
n'y a aucun cours d'eau important qui puisse apporter des alluvions
en provenance du côté de Toulon. Je considère alors
que tous les dépôts constituant les tombolos proviennent
donc du côté Est d'Hyères.
Afin d'essayer de reconstituer
la chronologie de la formation du double tombolo, j'ai utilisé
comme base de travail une carte de 1638 qui est la plus ancienne et
la plus précise, à ce jour en ma possession ..... pour
l'époque. Les proportions ne sont que très approximatives,
mais c'est le principe que nous recherchons !
Afin d'essayer de reconstituer
la chronologie de la formation du double tombolo, j'ai utilisé
comme base de travail une carte de 1638 qui est la plus ancienne
et la plus précise, à ce jour en ma possession .....
pour l'époque. Les proportions ne sont que très approximatives,
mais c'est le principe que nous recherchons !
*
Plan n°1 - Nous sommes il y a 11000 ans, le
niveau de la mer qui remonte progressivement, est environ à
la côte -50 m. qui correspond globalement à la fin
des dépots des éboulis à lentilles argileuses
sous le tombolo Est (plan C). Le terrain émergé à
ce moment là, remonte progressivement jusqu'au grés
induré du tombolo Ouest. Le Gapeau commence à remplir
son sillon d'érosion en apportant des alluvions en abondance
(plan D) et remplit également les paléo-chenaux (plan
E). Le Pansard et le
Roubaud y contribuent également.
La coupe du lit du Gapeau (plan D), nous montre que le sous sol
profond en rive droite est du grés permien, alors que la
rive gauche est constitué de phyllades avec une faille à
la jonction des deux.
--- la ligne bleu schématise les rivages au niveau -50 m.
[hors alluvions -> rocher brut supposé] par rapport à
aujourd'hui = BP --> before present. Le plan F ci-dessous met
en évidence le volume des alluvions apporté par le
Gapeau entre la Pointe de Carqueiranne et le Cap Bénat.
--- La zone" alluvions Gapeau 1", schématise les
apports
fait par le Gapeau à son stade primaire lorsqu'il arrivait
par la dépression de Saint Jean, bien avant les dernières
ères glaciaires. Ces dépots constituent probablement
la sous couche de tout ces apports.
--- La zone "alluvions Gapeau 2", schématise les
apports fait par le Gapeau à son embouchure actuelle et qui
se sont supperposés aux précédents.
* Plan n°2
--- Les alluvions constitués de sables laguno-marins et d'argiles
versâtres sont progressivement poussés vers l'ouest
en direction de l'arête rocheuse située entre l'Almanarre
et Giens durant la période de 8 500 BP à 5 000 BP
pour faire des dépots jusqu'au niveau -30 mètres environ.
Sous l'effet des vagues, ces alluvions ne se déposent pas
à l'horizontale, mais légèrement en pente,
comme le sable actuel.
|

Ce plan de 1814 figure bien le
double tombolo. Curieusement le cordon ouest est relativement large
par rapport au côté Est - (zoom)

Plan A - coupe sur sondage - (zoom)

Plan B - cordon antique induré - (zoom)

Plan C - coupe sur forage tombolo Est - (zoom)
|

Plan n° 1
- (zoom)
|

Plan n° 2
- (zoom)
|
*
Plan n°3 ---
De 5 000 BP à 2 000 BP nous trouvons des vases noires et
mattes d'herbiers incarbonisées :
----- sous le tombolo Est : sur une épaisseur de 15 mètres
( niveau -25 mètres) --> plan C
----- sous le tombolo Ouest : sur une épaisseur de 3 mètres
(niveau zéro). --> plan A
Durant cette période, la vitesse de montée des océans
a nettement ralenti et l'érosion des reliefs semble avoir
été limitée.
Nous constatons une
dénivelé de 25 mètres entre les alluvions
des deux tombolos qui sont espacés de 1500 mètres.
Cela représente donc une pente de 1,5 cm/mètre ;
ce qui peut sembler cohérent.
----- les vents d'Est amènent progressiment du sable sur
l'ensemble de l'arête rocheuse du tombolo ouest (car pas
de possibilités d'apports de matériaux par l'ouest).
----- Au nord de la presqu'île de Giens, une dune en épi
commence à se former sous l'effet des houles d'Ouest et
Est ainsi que des courants perturbés par la presqu'île.
C'est ce qui va constituer la zone marécageuse de l'Estève
(l'étang de l'Estagnets).
* Plan n°4
--- Le sable s'accumule par l'ouest contre le
tombolo ouest et la hauteur de son dépôt augmente
progressivement. Les vents d'Est déplace du sable par dessus
la dune et créent ainsi la plage de "La Manarre"
(Almanarre).
--- Le niveau des océans étant stabilisé,
les alluvions sont "ballotés" alternativement
par les vents d'Est et d'Ouest..
--- Avec la faible hauteur d'eau, les courants marins commencent
à créer l'amorce du tombolo Est à partir
de Giens (voir "comment se forme un tombolo" ci-avant).
--- Les alluvions ramenés par les vents d'Est créent
une dune émergée de part et d'autre l'embouchure
du Gapeau,
--- Le cordon Est commence à bloquer partiellement l'apport
de nouveaux alluvions vers le tombolo Ouest.
|

Plan n° 3
- (zoom)
|

Plan n° 4
- (zoom)
|
*
Plan n°5
--- Les dépôts
d'alluvions continuent à engraisser le cordon dunaire Est
qui finit par faire la jonction avec celui du Gapeau..
--- Les crues du Gapeau commencent à remplir "le couloir"
situé entre la côte et le cordon dunaire Est. A ce
moment là, les eaux peuvent s'écouler vers l'Almanarre
avec celles du Roubaud et se retrouvent emprisonnées entre
les deux tombolos. Cela favorise le dépot de vases d'étangs
(plan A).
--- A partir de ce moment là, le tombolo Ouest est totalement
privé d'apport de nouveaux matériaux et va commencer
à régraisser. Chaque fois "qu'un grain de sable"
sera emporté vers l'Est dans le nouveau marais, il ne reviendra
plus et tous les prélèvements qui seront faits par
l'homme ne feront qu'accélerer le phénomène.
*
Plan n°6
--- Les
quantités d'alluvions apportés par les crues du
Gapeau commencent à créer des zones de marécages.
--- Le cordon dunaire Est continue à s'engraisser,
--- Lors des orages, le Roubaud alimente "l'étang"
qui vient de se former entre l'Almanarre et Giens.
|

Plan n° 5
- (zoom)
|

Plan n° 6
- (zoom)
|
*
Plan n°7
--- Lors des crues du
Gapeau, les marécages sont progressivement comblés
et diminuent de surface.
--- A l'Est de l'embouchure du Gapeau les zones marécageuses
sont progressiment aménagées pour collecter du
sel à partir du début du millénaire par
les grecs puis les romains.
--- A partir de 1480, le Roubaud draine les eaux de fuite du
canal Jean Natte et il est canalisé jusqu'à l'étang
du Pesquier.
*
Plan n°8
--- Plans d'archives de
1638 qui correspond au plan n° 7 de l'évolution du
double tombolo.
|

Plan n° 7
- (zoom)
|

Plan n° 8 de 1638
- (zoom)
|
*
Plan n°9 et 10
Cet extrait de carte de 1727, qui est assez schématique,
met en évidence une particularité à cette
date.
Nous pouvons constater qu'il existe une brèche au travers
de chaque tombolo (plage de "la Manarre" et plage
d'Hyères).
Ces brèches ont probablement été occasionnées
à la suite d'une importante tempête ou un fort
débordement du Gapeau au travers des marécages.
Le percement volontaire d'un canal est fort peu problable, car
à cette époque les
pêcheries dans l'étang faisait l'objet d'une
activité commerciale.
* Plan n°11
37 ans plus tard, sur cet extrait de carte de 1764 nous constatons
que la brèche dans le tombolo Ouest a été
obstruée.
Un canal semble avoir été aménagé
dans le tombolo Est, afin d'évacuer les eaux excédentaires
de l'étang. La bastide des Pesquiers a été
construite au niveau de ce canal. |

Plan n° 9 de 1727-
(zoom)
|

Plan n° 10 de 1764
- (zoom)
|
|
*
Plan n°11
Le plan le plus précis, avant le détournement du Roubaud
en 1822 et le dessèchement des marécages, reste la carte
Cassini relevé sur Hyères en 1778.
On peut notamment observer en partant du sud de la carte :
-- les lacs de La Catte au sud/Est de l'étang du Pesquier,
-- l'étang de Lestève au sud/Ouest de l'étang
du Pesquier (actuel Marais des Estagnets),
-- l'étang de l'Esparre au centre/nord de l'étang du
Pesquier (là ou se jette le Roubaud),
-- l'étang de Rodes au nord/Est de l'étang du Pesquier
(dit étang-long),
-- les marécages des Riolets (au nord de l'étang-long
ou au sud du Ceinturon),
-- la lone du Ceinturon,
-- la lone de l'Estalle,
-- la lone de la Dollieule.
Toute la zone marécageuse
(actuellement ; le Palyvestre, le Ceinturon et l'Ayguade) est vierge
de voie de communication, sauf une vers la Plage et l'autre vers la
bastide du Ceinturon.
Les cordons de sable
des tombolos sont beaucoup plus importants dans la partie sud que
dans la partie nord.
|

Plan n° 11 - Carte Cassini
de 1778 - (zoom)
|
*
Terrassement au Ceinturon

En octobre 2005 des travaux
de terrassement importants ont été entrepris pour
la construction d'une grande piscine au Camping du Ceinturon.
Cela a permis d'examiner la constitution des dépots d'alluvions
sur une profondeur de 3 mètres
Merci à M. Norre qui m'a permis de réaliser ces
photos.

Echantillon de la couche
noire de 3 cm d'épaisseur situé à environ
2,50m. de profondeur. Il est essentiellement composé
de débris végétaux de très petite
taille de couleur noire avec une faible proportion de sable.
Il semble qu'il y ait eu là une crue très particulière,
peut-être après un incendie important - (zoom)
|
Sur cette coupe de terrain
nous pouvons observer que sur 3 mètres de profondeur nous
avons un dépot d'alluvions du Gapeau constitué de
sable fin homogène sans trace de végétaux.
La moitié inférieure se compose d'un sable un peu
"grisatre" avec une couche de 3 cm presque noire ! -
(zoom) |
|
Travaux
pour assainissement des marécages |
|
Dans de nombreux écrits nous retrouvons trace de maladies et
d'épidémies dues en grande partie à l'environnement
de ces marécages.
Le
livre d'Alphonse Denis, "HYERES - Ancien et moderne" (consultable
à la Médiathèque d'Hyères), nous
apporte des précisions intéressantes sur ce problème
et sur les travaux importants qui ont été entrepris pour
remédier à cette situation.
Je
vais reproduire ci après, à titre d'illustration, quelques
passages essentiels relatifs à ce sujet (à
partir de la page 416). Sur un extrait de plan du cadatre Napoléonien
de 1828, je vais essayer de reconstituer les différentes étapes
de ces importants travaux afin d'en faciliter la compréhension.
En lisant ce texte, n'oubliez pas qu'il a été rédigé
entre 1840 et 1860 environ. |
Voila ce que nous dit Alphonse Denis sur ce sujet :
* Situation jusque vers 1800
"Avec le temps, l'Etang-Long, par suite de la négligence ou
de l'impuissance de ses propriétaires, avait été
peu à peu converti, en grande partie, en un vaste marais dans lequel
les eaux de la mer et les eaux douces provenant du Roubaud et du Gapeau,
se mêlaient en toute liberté ; ce qui donnait lieu, pendant
l'été et l'automne, à la production de miasmes délétères
qui occasionnaient des fièvres endémiques, par lesquelles
la population environnante et, même celle de la ville étaient
décimées. Dans les derniers temps, ce marais ne nourrissait
plus que des sangsues, dont la pêche et la vente occupaient quelques
familles de pauvres gens.
Aucun effort ne fut tenté par l'Administration municipale, pour
porter remède à un état de choses aussi fâcheux
pour la santé publique. Elle se contenta de prescrire l'ouverture
des travaux agricoles à huit heures du matin, en été
comme en hiver, et leur fermeture à cinq heures du soir. C'était
une sage mesure hygiénique, l'expérience ayant démontré
que les effluves marécageuses productrices de la fièvre
intermittente, ont leur maximum de puissance morbifique, avant le lever
et après le coucher du soleil. C'est ce qu'annonce, aux heures
prescrites, le son de la grosse cloche de l'église Saint-Paul.
Cet usage s'est perpétué jusqu'à nos jours (1860
env.), malgré son inutilité actuelle ; il a même
un inconvénient, pendant l'été, c'est de resserrer
la période journalière du travail des champs, entre huit
heures du matin et cinq heures du soir ; c'est-à-dire, pendant
la partie la plus chaude de la journée.
Le seul produit agricole que l'on pouvait retirer des marais, consistait
en herbes palustres de toute sorte, la plupart impropres à la nourriture
du bétail ; mais qui, sous le nom d'apaillons, étaient employées
comme litière, pour les écuries et les étables. Ces
herbages et ceux des terres des Pesquiers, de l'Accapte; du Jail et de
la presqu'ile de Giens étaient affermés à des cultivateurs,
à des éleveurs de bestiaux ou à des marchands de
fourrages, qui payaient, pour ce fermage, une certaine redevance à
la Communauté. Ainsi, dans un « Compte des rentes et revenus
de la Communauté de la ville d'Hyères, pour 1599 et années
postérieures », on lit les mentions suivantes : |
«
En l'année 1600, reçu 8 livres 20 sols, de Nicolas Ranalhe,
rentier des herbages de l'Accapte. — En 1602, reçu 410
livres de Balthazar Mareil, fermier des herbages de la Ville. —
En 1603, reçu 401 livres de Loys Bomhys, fermier des herbages
du Jay. — En 1604, reçu 110 livres de Barthélemy
Boutin, fermier des mêmes herbages, pour la rente des dits herbages.
»
Les descendants de ce dernier existent encore à Hyères
; ils se sont appelés plus tard, on ne sait pourquoi, Boutiny
ou Bottiny, nom que cette famille porte encore aujourd'hui.
Au moment où, en 1689, la communauté d'Hyères avait
aliéné les biens qu'elle possédait sur le bord
de la mer, ces biens étaient loin de se trouver dans une situation
florissante. N'ayant appartenu qu'à une Communauté, l'intérêt
collectif avait eu moins de volonté et de puissance, pour les
améliorer, que n'en aurait eu l'intérêt particulier;
aussi, après l'aliénation, les nouveaux propriétaires,
que l'intérêt personnel animait, changèrent-ils
bientôt le déplorable état de choses que nous avons
signalé. Par l'effet du temps et du travail des hommes, de bonnes
et fertiles terres, telles que le domaine appelé le Palivestre
(Paluestre, Palustris) dont le nom indique l'origine marécageuse,
furent conquises sur les marais, qui furent de plus en plus refoulés
vers la mer.
Cependant, les débordements du Gapeau, enflé par les pluies
d'automne et d'hiver et par tous les petits cours d'eau, torrents et
fossés, découlant des montagnes et collines qui bordent
son parcours, continuaient à ravager les terres qui s'étendent
sur ses deux rives, dans, le territoire d'Hyères. Ces débordements
arrivaient jusqu'à l'étang des Pesquiers; où ils
causaient souvent des ravages considérables."
|

Sur fond de plan de 1828 les flèches
bleues schématisent l'ancien tracé (supposé)
du Roubaud en suivant les alignements des limites de parcelles (5
ans après les travaux). Les points rouges indiquent les anciennes
extrémités connues de cet ancien tracé - (zoom)
|
*
Travaux envisagés vers 1800
"Ce fâcheux état de choses persista longtemps encore,
sans qu'il fût pris aucune mesure, pour maintenir le Gapeau dans
son lit. Mais le préjudice causé aux propriétés
voisines devint tellement grave, qu'au commencement de ce siècle
(vers 1800), la Municipalité d'Hyères,
la Préfecture du Var et le Gouvernement Impérial lui-même
s'en émurent. Sur la plainte des habitants qui voyaient, chaque
année, les propriétés, riveraines de la rivière,
envahies et ravagées par ses débordements, le Préfet
du Var crut devoir organiser d'office, à Hyères, un Syndicat
de propriétaires qui serait chargé de prendre les mesures
nécessaires, pour s'opposer à ces dévastations trop
souvent renouvelées. A la date du 12 mai 1807, le Préfet
Dazémar établit un règlement en 39 articles, qui
déterminait la formation, les pouvoirs et les ressources de ce
Syndicat. Voici les principales dispositions de ce règlement.
« L'Assemblée des
propriétaires intéressés, sous la présidence
du Maire, se formera en Syndicat ; quatre Syndics nommés par l'assemblée
pour quatre ans, administreront les affaires de l'association; une fois
par an au moins, au mois de mai, les Syndics feront la visite des digues
et autres ouvrages nécessaires pour contenir les eaux du Gapeau
dans son lit ; l'association déterminera annuellement, dans son
assemblée du mois d'août, les dépenses à faire
pour l'entretien, la réparation et le renouvellement des digues
et autres ouvrages; il sera établi une cote pour faire face aux
dépenses, laquelle sera répartie sur tous les propriétaires
intéressés, au marc le franc et suivant la contribution
foncière, etc. » : |
Ce
règlement fut approuvé par un décret de l'Empereur,
daté du palais de Saint-Cloud, le 21 août 1807, ainsi conçu
:
« Le règlement proposé par le Préfet du Var,
le 12 mai 1807, tendant à prendre des moyens pour contenir les
eaux du Gapeau, réparer, construire et entretenir les digues
qui défendent la plaine d'Hyères, contre les irruptions
de ce torrent et qui est annexé au présent décret,
sera exécuté dans toutes ses dispositions, comme règlement
d'administration publique. Signé : Napoléon. »
"Ce décret et le règlement qu'il consacre
furent peut-être exécutés dans les premières
années qui suivirent leur promulgation ; mais ils tombèrent
promptement en désuétude, et personne de la génération
actuelle n'en connaît même l'existence. Aussi, le Gapeau
continua-t-il chaque année et continue-t-il encore, de nos jours,
ses débordements, sans que les habitants d'Hyères pensent
à y porter remède et même à s'en plaindre.
Les améliorations qui avaient été obtenues dans
certaines parties des marais et que nous avons signalées précédemment,
n'avaient pas même été tentées sur d'autres;
de sorte, que les miasmes exhalés par ces marais avaient continué,
comme par le passé, d'être, durant l'été
et l'automne, une cause permanente d'infection et de maladies, pour
tout le territoire environnant et pour la ville elle-même."
|
Les flèches rouges schématisent
le passage des crues du Gapeau, Roubaud, Sauvette et autres fossés
à travers les marécages vers l'étang du Pesquier.
Le cordon littoral situé environ 1,00m plus haut que les marécages
empêche les eaux de se déverser à l'Est vers la
mer et les guide au sud vers l'étang - (zoom) |
*
Travaux à l'initiativement de M. Louis Jean-Baptiste Aurran pour
le dessèchement des marais
-- Etat des lieux
"Dans cette situation, un habitant d'Hyères, M. Louis Jean-Baptiste
Aurran, déjà propriétaire d'une portion des terres
et marais du Ceinturon, se proposa d'assainir, en les desséchant,
ces terrains si insalubres. En conséquence, le 16 décembre
1819, il adressa au Préfet du Var, une demande à cet effet;
à l'appui de laquelle il crut devoir signaler que l'insalubrité
des marais dont il se proposait d'opérer le dessèchement,
était telle que l'on avait compté jusqu'à «2000
cas de fièvres paludéennes, dans le cours d'une seule année,
sur une population de 6000 âmes».
De son côté, le Conseil d'Etat, dans son avis du 19 septembre
1821, disait dans un des considérants :
"Que la ville d'Hyères,
où une foule d'étrangers, attirés par la douceur
renommée de son climat, viennent chercher, pendant l'hiver, le
rétablissement de leur santé, a la douleur de voir, pendant
l'été, ses propres habitants forcés de s'expatrier,
pour conserver la leur, et que ceux, qui ne peuvent pas annuellement émigrer,
sont atteints en grand nombre par le fléau des fièvres endémiques,
etc.".
-- Projet de dessèchement
"Devant un pareil état de choses, il n'y avait pas à
hésiter. Aussi, l'Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées
du Département du Var, le Préfet, dans un rapport du 19
avril 1821, le Directeur général des Ponts et Chaussées,
dans une lettre du 11 février de la même année, le
Comité de l'Intérieur du Conseil d'Etat, dans un avis du
12 janvier précédent, tout le monde approuva le projet de
dessèchement de M. Aurran, comme très avantageux pour la
population de la ville d'Hyères. Un seul homme, un habitant du
pays, M. Dellor, y fit opposition, dans l'intérêt du bétail,
qui pouvait voir diminuer son pacage, si le projet de dessèchement
était exécuté ; et, chose étrange c'était
un ancien maire d'Hyères, qui se montrait plus soucieux du pacage
du bétail que de la santé de ses anciens administrés.
Heureusement que l'Administration supérieure, plus éclairée
et plus humaine, ne tint pas compte de cette singulière opposition
et sur l'avis de l'Ingénieur en chef, qui en démontra facilement
le peu de fondement, on passa outre, et la proposition de M. Aurran fut
favorablement accueillie.
Dans une lettre du 18 avril 1821, M. Aurran avait, en outre, déclaré
qu'il s'obligeait à dessécher le marais des Rhodes, dépendant
de l'étang des Pesquiers, qui avait aussi fixé l'attention
du Comité du Conseil d'Etat. Le Préfet du Var, dans son
rapport précité, avait estimé qu'il y avait lieu
d'accepter la soumission de M. Aurran, concernant le marais des Rhodes.
Mais ce dernier projet n'eut pas de suite; et M. Aurran dut borner son
opération, au dessèchement des marais des Riolets et de
la terre du Jail.
C'est alors que, par un acte du 26 septembre 1821, notaire Arbaud, d'Hyères,
il s'empressa d'acquérir de M. Decheffontaine, successeur de Mme
de Ricard, toutes les terres possédées par ce dernier dans
le quartier, c'est-à-dire, une partie du domaine du Ceinturon,
les Riolets, l'Accapte, le Jail et la Plage-de-Giens; vaste domaine dont
il avait, résolu de dessécher tout ce qui se trouvait à
l'état de marais."
-- Ordonnace royale pour la réalisation
des travaux
Une ordonnance du Roi Louis XVIII, du 13 mars 1822, autorisa l'opération.
Voici cette ordonnance :
Article 1er. - Le Sieur Jean-Baptiste
Aurran est autorisé à faire le dessèchement des marais
dits des Riolets et du Jaïl, situés dans la commune d'Hyères,
département du Var; à charge par lui de présenter,
sous le délai prescrit, le projet détaillé et motivé
du dessèchement général de la totalité des
marais contigus, y compris l'étang des Peschiers.
Article 2. - Ce dessèchement, ayant pour objet de détruire
la cause des fièvres qui règnent annuellement à Hyères,
pendant la saison des chaleurs, est déclaré une opération
d'utilité publique et, en conséquence, l'entrepreneur jouira
des privilèges accordés, par la loi, à notre déclaration.
Article 3. - Les travaux seront exécutés conformément
au projet dressé, sous la date du 26 janvier 1820, par le Sieur
Livache, ingénieur des ponts et chaussées, au tracé
indiqué en rouge, sur le plan produit par les ingénieurs,
portant la date du 4 mai 1821, le tout adopté par notre directeur
général des ponts et chaussées, avec les modifications
indiquées dans les avis du Conseil des ponts et chaussées,
du 20 mai 1820 et 26 mai 1821; et encore sous la modification de conduire
à la mer, et non à l'étang des Peschiers, le nouveau
lit du Roubaud. — Ces travaux devront être terminés
en trois campagnes, à dater du 1er janvier prochain.
Article 4. - En vertu de l'article ci-dessus, le concessionnaire aura
la faculté de placer les canaux, levées, ponts, chaussées
et autres ouvrages sus-mentionnés, dans les terres voisines ; il
pourra aussi extraire les matériaux, dont il aura besoin, sur les
mêmes terres, à la charge de payer au propriétaire
l'indemnité voulue par la loi. Il jouira de la même faculté
sur les terres du Domaine, sans indemnité.
Article 5. - Il est accordé au concessionnaire les deux tiers de
la plus-value que les travaux de dessèchement produiront, sur la
portion qui ne lui appartient pas, des terrains enclavés, dans
le périmètre des ouvrages indiqués au plan du sieur
Livache, ci-dessus mentionné et approuvé, dans le projet
du sieur Duval, du 3 mars 1820; sans préjudice de la nouvelle portion
à déterminer, pour les autres terrains qui seraient assainis
par le dessèchement général, s'il est autorisé.
Article 6. - Les terrains desséchés et soumis à la
plus-value seront, pendant 25 ans, conformément aux lois, exempts
de toute nouvelle contribution foncière et ce, à compter
de l'expiration des trois années accordées pour la confection
des travaux.
Article 7. — Le concessionnaire sera propriétaire des nouveaux
canaux, des chaussées et levées qu'il fera, en vertu de
la présente, et y exercera tous les droits dérivant de la
propriété.
Article 8. — Il sera formé, s'il y a lieu, conformément
au Titre X de la loi du 16 septembre 1807; une Commission spéciale
de sept membres pour juger les contestations qui pourraient s'élever,
entre le concessionnaire et les propriétaires intéressés
pour remplir, pendant le cours des opérations du dessèchement,
les attributions déterminées par l'article 46 de cette loi.
Article 9. — A la fin de chacune des trois campagnes accordées
au concessionnaire, pour l'exécution des travaux, un ingénieur
des ponts et chaussées en vérifiera le degré d'avancement
et s'assurera qu'ils sont exécutés, avec le soin et les
précautions prescrites, par les règles de l'art. Lorsqu'ils
seront terminés, la réception en sera faite par l'ingénieur
en chef du Département. |
Article
10. — Le Sieur Aurran présentera, dans le délai d'une
année au plus tard, son projet de dessèchement général
des marais d'Hyères et de l'étang des Peschiers, il remettra
ce projet à la Municipalité d'Hyères, au Directeur
des Domaines et au Préfet du département. — Ce projet
contiendra les propositions du sieur Aurran pour une transaction à
faire avec la Commune, le Domaine et les autres propriétaires ;
s'il y a de nouveaux terrains à dessécher, le Préfet
provoquera les délibérations nécessaires à
cet effet, pour, sur le tout, être statué par nous, ainsi
qu'il appartiendra, après que les formalités auront été
remplies.
» Article 11. — Notre Ministre secrétaire d'Etat de
l'Intérieur est chargé de l'exécution de la présente
ordonnance. Signé : Louis. »
-- Lettre d'envoi de l'ordonnance
Dans la lettre d'envoi de cette ordonnance, adressée au Préfet
du Var, le 31 mars 1822, par M. Becquey, directeur général
des Ponts et Chaussées, il est dit :
« Que l'étendue
des marais à dessécher sera portée, jusqu'au fossé
du Palivestre, qui sera contigu et restera en dehors de la levée
du Ceinturon ; que M. Aurran est autorisé à ajouter, à
sa prise d'eau du Roubaud, pour l'irrigation des marais compris dans la
concession, un empellement pour dériver à volonté
les eaux troubles de ce torrent, et les porter dans les dits marais, pour
en exhausser le sol; que le tracé des canaux tels qu'ils sont indiqués
au rouge, sur le dernier plan produit par les ingénieurs, est approuvé
; en observant, quant au présent; de n'apporter aucun changement
à la chaussée des Peschiers, et de ne faire, dans son voisinage,
aucune digue qui puisse occasionner l'inondation des terrains supérieurs
et motiver de justes plaintes de la part des propriétaires. Signé
: Becquey.» |
Sur fond de plan de 1828 sont tracés
en vert :
- le canal de ceinture à l'Ouest et au nord afin de bloquer les
arrivées d'eau venant de ces directions
- les canaux de drainage qui ramènent les eaux vers l'étang
du Pesquier - (zoom) |
--
Réalisation et réception des travaux
"Le dessèchement fut opéré, suivant ces indications,
mais seulement pour les marais des Riolets et du Jail; le marais des
Rhodes fut laissé de côté, pour le moment.
En 1824, les travaux étaient terminés. M. Duval, ingénieur
en chef du Département, fut chargé de les visiter et de
les recevoir ; et, dans son rapport, en date, à Draguignan, du
24 février 1824, il déclare «
que M. Aurran a rempli les obligations qui lui étaient imposées,
pour le dessèchement des Riolets et du Jail ».
Il résulte de ce rapport et d'un autre rapport complémentaire
du même ingénieur, en date du 7 mars 1825, ce qui suit
:
« Le lit du Roubaud a
été dévié à la mer, depuis le point
prescrit par le projet, jusqu'à la lône du Ceinturon, par
le fossé de l'OEil; ce nouveau lit contient toutes les eaux et
les bords en sont suffisamment relevés, pour qu'elles ne puissent
en aucun temps s'extravaser dans les marais. La chaussée de ceinture
du nord-ouest, destinée à empêcher les eaux sauvages
et celles provenant des arrosages des terrains supérieurs de
se jeter dans les marais, n'a pu, par suite de l'opposition des propriétaires,
être portée jusqu'au fossé du Palivestre, qui devait
constituer lui-même le fossé de ceinture ; M. Aurran a
été forcé de l'établir sur son propre terrain,
ainsi que le fossé de ceinture qui le double : cette modification
ne peut qu'être approuvée ; le fossé de ceinture
a été prolongé par un fossé de dégorgement,
qui se rend à l'étang des Peschiers où les eaux
ont tout l'écoulement possible. Le long du fossé qui existe
en amont, au pied de la chaussée des Peschiers et dans lequel
vient déboucher celui de ceinture, le sieur Aurran a établi
une chaussée qui se lie avec celle du dit fossé de ceinture,
avec contre-fossé en amont, pour recevoir les égoûts
des marais; la hauteur de cette chaussée empêche qu'elle
ne soit surmontée par les eaux de l'étang, sans pouvoir
donner lieu à des inondations en amont des marais. A l'extrémité
Est de cette chaussée, il a été établi une
vanne à clapet, ouvrant du dedans des marais au dehors, au moyen
de laquelle l'écoulement des eaux des marais a lieu, lorsque
celles-ci sont plus élevées que celles du dehors, et qui
empêche l'introduction des eaux extérieures, lorsque leur
niveau s'élève au-dessus de celles des marais.
» Dans cet état de choses, le but d'une amélioration
de la salubrité de l'air doit être atteint, et comme M.
Aurran était parvenu, dès 1822, à empêcher
les eaux extérieures de s'introduire dans les marais, ,depuis
le commencement de juin, et qu'ainsi les marais ont été
tenus à sec, pendant tous les étés et les automnes
de 1822 et 1823, les effets de cette amélioration ont dû
devenir sensibles; à cet égard le certificat du maire
d'Hyères ne laisse aucune incertitude.
» Pour ce qui regarde le dessèchement complet des marais,
il a été établi, par tous les rapports faits sur
cette opération, qu'il ne serait entièrement terminé,
que lorsque les parties basses auraient été élevées
par les atterrissements, au-dessus des eaux moyennes de l'étang
des Peschiers ; les dispositions faites tendent à accélérer
cet attérissement. Signé : Duval. » |
--
Vente de la propriété de M. Jean-Baptiste Aurran
"Le dessèchement des marais du Ceinturon ayant été
ainsi opéré, en 1824, au grand bénéfice
de la salubrité du pays, M. Aurran vendit sa propriété
à M. Divernois, citoyen de Genève, savoir, les trois-quarts,
par acte du 28 juin 1825, notaire Massillon, d'Hyères, et le
reste en 1829, par acte du même notaire. Cette vente eut lieu
sous les mêmes réserves qui avaient été imposées
à M. Aurran, quand il avait acquis la propriété
de M. Decheffontaine; c'est-à-dire, de laisser les habitants
d'Hyères, jouir librement des droits et priviléges qu'ils
possédaient, de temps immémorial, sur les terres de l'Accapte,
du Jail et de la Plage-de-Giens, notamment d'y faire paître leurs
bestiaux, d'y couper du bois, etc.
Plus tard, M. Divernois désira de se décharger de cette
servitude qui gênait sa liberté de propriétaire.
En conséquence, il échangea avec la commune d'Hyères,
par acte du 18 mars 1838, notaire Massillon, le droit de pacage que
les habitants avaient sur la terre du Jail, contre la propriété
de la terre de l'Accapte, de 100 hectares environ, qui dès lors
fut réintégrée à la Commune, qui la possède
encore aujourd'hui. Cette terre fut affermée à des particuliers,
moyennant un prix de ferme qui, en 1849, s'élevait jusqu'à
1050 francs par an. Mais il paraît que le fermier ne faisait pas
de très bonnes affaires, car, en 1850, le Conseil municipal fit
remise au fermier Jaunie, de la somme de 525 francs, formant le montant
d'un semestre de sa rente, sur la justification des pertes qu'il avait
éprouvées."
|
Le lit du Roubaud est dévié
vers l'Est et va rejoindre la lone du Ceinturon (qui était l'amorce
de l'ancien canal). Il se jette maintenant directement à la mer
et ne va plus apporter ses eaux et alluvions dans l'étang du
Pesquier.
La "levée du Ceinturon" qui est construite (à
+2,00m NGF). au sud du lit du Roubaud sert de digue afin d'empêcher
l'inondation des terres du Ceinturon et Riolets. - (zoom) |

Le Roubaud dans sa version
"bétonnée" actuelle à l'Est
du service ELP.
Juste à droite du laurier rose, vous pouvez voir que
le terrain naturel n'est qu'à environ un mètre
au dessus du radier du Roubaud. Avant le béton il y
avait un talus de terre - (zoom)
|

Portail de propriété
en bois massif afin de prévenir les cultures
des débordements éventuels du Roubaud - (zoom)
|

La "levée
du Ceinturon" et ses 1000m. rectilignes. Au centre le
Roubaud, à gauche et à droite, les levées
(talus) qui permettent de canaliser le Roubaud et éviter
les crues dans les terrains environnant lors des forts orages
- (zoom)
|

Levée du côté
Est, avec vue de la piste d'aviation, à droite - (zoom)
|
|
*
Travaux projetés au quartier des Riolets et à l'Almanarre
"Nous devons dire, cependant, qu'à deux reprises, les propriétaires
des Salines des Pesquiers et celui du Ceinturon, formèrent des
projets qui, s'ils avaient été exécutés,
étaient, de nature à compromettre singulièrement
lés bénéfices que les travaux d'assainissement,
dont nous avons parlé, avaient procurés à la contrée.
Il y a vingt-cinq ans environ, le propriétaire du Ceinturon eut
l'idée malheureuse de vouloir y établir des rizières,
comme en Lombardie; mais lors de l'enquête qui fut ouverte sur
ce projet, il fut facile de démontrer l'énorme préjudice
qui en résulterait pour le pays tout entier; le projet fut abandonné.
Quelque temps auparavant, la Compagnie des nouveaux Salins, de son côté,
avait demandé au Conseil municipal de la ville d'Hyènes,
l'autorisation de construire, à la jonction des Pesquiers
et de la plage d'Almanarre, une fabrique de soude, qui eût
rendu inabordable une des plus belles et des plus agréables promenades
du pays ; en même temps qu'elle eût dévasté
le territoire environnant, par les vapeurs délétères
qu'elle eût répandues sur les cultures. Une enquête
eut lieu; et le projet repoussé par les habitants et par le Conseil
municipal, dans sa délibération, du 17 juin 1855, n'eut
pas de suite."
|
*
Effets inattendus du dessèchement des marais
"Après le dessèchement complet des Riolets et du
Jail, en 1822, la mise en culture et l'ensemencement des terres, qui
avaient été conquises sur les marais, on observa un phénomène
auquel on était loin de s'attendre, et qui diminua singulièrement
la valeur que, au point de vue des produits agricoles, le dessèchement
devait donner au domaine du Ceinturon.
On fut tout étonné de voir que les plantes utiles, céréales,
légumes, herbes fourragères, etc., ne pouvaient y venir
à bien. L'eau de la mer, dont les infiltrations baignaient profondément
la base du sol, n'étant plus refoulée par l'eau douce
qui la recouvrait autrefois et qu'on avait enlevée, remontait
pendant l'été, par le fait de la capillarité, et
le sel, venant effleurir à la surface, sous l'action du soleil,
faisait périr les cultures : de sorte que les terres desséchées
à grands frais, étaient devenues plus improductives que
par le passé. Le pays y avait gagné d'être débarrassé
des fièvres endémiques qui l'infestaient; mais cela ne
faisait pas tout à fait le compte du propriétaire: Qu'aurait-il
fait alors ? "
*
Remise en eau progressive des anciens marais
"Le propriétaire aurait tout simplement ramené, dit-on,
peu à peu les eaux douces dans le marais. Bientôt, les
anciens végétaux palustres s'y reproduisirent avec une
abondance extrême, constituant une espèce de fourrage grossier
qui, sous le nom d'Apaillons, devint l'objet d'un commerce important.
de sorte, que le domaine du Ceinturon, dont la ferme, dans les premières
années qui suivirent le dessèchement, ne rapportait guère
que 3000 francs par an, en rapporterait aujourd'hui plus de 30000, depuis
que les eaux douces du Roubaud y auraient été ramenées." |
Sur fond de plan de 1914, nous retrouvons
les zones bleutées qui nous indiquent à nouveau des zones
de marécages au Ceinturon , Riolets, Jay et Rhodes, suite à
la remise en eau progressive de ces terrains par M. Divernois.
Sur ce plan il est indiqué le marais de" l'Esparre",
ainsi que "Golfe de Costebelle", juste sous le nom "Le
Palivestre". Il n'y a pas encore d'avions !
La ligne de chemin de fer qui va jusqu'aux Vieux Salins a été
mise en service en 1876 - (zoom) |
*
Création du salin des Pesquiers
"Cependant, on ne s'était pas aperçu jusqu'ici,
surtout depuis l'établissement des nouveaux Salins, qui avait
complètement assaini les terrains marécageux, situés
au nord des Pesquiers, que les agissements du propriétaire
du Ceinturon, eussent eu une influence fâcheuse sur la santé
publique. Pendant les travaux du chemin de fer, on avait bien observé,
chez les habitants des campagnes voisines, quelques cas de fièvre
intermittente; mais ils devaient être attribués aux grands
mouvements de terrain, et à la stagnation des eaux pluviales
dans les excavations qui furent pratiquées, et non pas aux
effluves marécageuses pouvant provenir du Ceinturon."
Merci M. Alphonse Denis pour
les informations précieuses qu'il nous a transmises ci-avant.
Pour les amateurs, ne manquez pas de lire ce livre dans son intégralité.
|
La création du salin des
Pesquiers au nord de l'étang, va permettre d'assainir celui-ci.
Il reste encore au nord, le marais de l'Esparre qui sera remblayé
ultérieurement pour en faire la décharge municipale de
l'Almanarre - Fond de plan 1900 - (zoom) |
*
Création de la base aéronavale du Palyvestre
Le mot "Palyvestre" vient du latin "Paludes",
qui signifie "Marécage".
La plaine du Palyvestre était à l'origine un vaste paturage.
Il devient un aérodrome au début du siècle.
En 1919, le Ministre de la marine décide d'assécher
les pâturages et, en 1920, la Marine utilise le terrain du Palyvestre
pour ses avions.
En 1922, le premier hangar est construit.
La piste de l'aérodrome a été construite sur
la plaine marécageuse après des remblaiements. L'altitude
de ce terrain d'atterissage se situe seulement 2,00 mètres
au dessus du niveau de la mer.
Les terrains situés au nord/Est sont à la côte
+1,00m ; ceux au sud/Est sont à la côte +0,50m environ
ou subsistent encore des marécages dont les eaux s'évacuent
vers la lone qui se jette dans le port de La Plage.
|
L'aérodrome avec ses batiments
vers 1930 - (zoom) |
Le camp d'aviation du Palyvestre
vient de naître là ou sur le plan de 1914 il était
indiqué "Golfe de Costebelle". Nous retrouvons
le tracé de canaux (en bleu) pour l'assèchement
des marécages - fond de plan 1932 - (zoom) |
La piste "en croix"
de l'aérodrome est construite. Ceci a conduit à
certaines modifications des canaux de drainage des eaux. On
trouve un étang au niveau de la Tour du Jay dont les
eaux s'écoulent vers le port de La Plage - fond de plan
1959 - (zoom) |
|
Travaux
de remblaiements récents sur les marais |
|
* La décharge municipale de l'Almanarre
A partir des années ???, il a été
entrepris d'utiliser le marais de l'Esparre afin d'y crée la
"décharge municipale" dans laquelle ont été
stocké "des matériaux et objets divers" (à
l'Est de la station d'épuration ; route des Marais). Cela allait
de la terre végétale en passant par les gravas de chantier,
les déchets végétaux ...... machives à
laver, frigo et autres !!!
Les remblais réalisés sur une surface d'environ 9 hectares
ont été stoppés il y a quelques années
....... à 30 mètres de hauteur. Avec ses 2,5 millions
de m3, cela n'a rien d'esthétique dans le paysage.
Un projet de réhabilitation du site a été étudié.
Il n'a toujours pas abouti.
Aujourd'hui au pied de cette décharge se trouve la déchèterie
qui fait l'objet d'un tri sélectif.
|

Vue de Notre Dame de la
Consolation ; en partant de la droite :
1 - Déchèterie pour tri sélectif
2 - Décharge municipale stoppé à 30m. de hauteur
3 - Parc d'attraction
4 - Parking du parc d'attraction - (zoom)
|
*
Le parc d'attraction "Magic World"
Afin d'accueillir le parc d'attraction "Magic
World", le marais situé entre le rond point Arromanche et
la voie ferrée a été remblayé (au sud de la
Tour du Jay).
Quelques années plus tard, le parc d'attraction sera déplacé
entre la décharge municipale de l'Almanarre et le marais Redon.
Les remblais viendront encore bien grignoter les marais du secteur avec
notamment un immense parking de 1500 places pour accueillir les visiteurs
ainsi que le "marché aux puces du dimanche". |
Au premier plan le parking, au milieu
le park d'attraction, le plateau de remblais en arrière plan
: la décharge municipale - (zoom)
|
Les
marais et les lônes .... survivants |
|
Ces
espaces humides "survivants" sont maintenant protégés
comme le marais des Estagnets (Lestève), l'étang des Pesquiers,
le marais Redon (Rodes ou Rhodes), ainsi que la zone des marais des Vieux
Salins.
Ce dernier marais, à l'Est des marais salants est peut-être
un "échantillon" de ce qu'était toute cette zone
marécageuse à l'époque du moyen âge.
Cela permet de préserver les espèces animales et végétales
qui les occupent.
Il reste également 3 lônes au nord de l'Ayguade qui sont
probablement les restes d'anciens bras du Gapeau. |
LES
MARAIS AU SUD |
Sur fond de plan Cassini de 1778
; localisation de l'étang des Estagnets (Etang de Lestève)
et des lacs de la Catte (aujourd'hui disparus) - (zoom) |
*
Le marais des Estagnets |
|
Le marais des Estagnets
photographié de la table d'orientation de Giens - (zoom)
|
Le marais des Estagnets
photographié de la plage en regardant vers l'Est - (zoom) |
|
LES
MARAIS ET ETANGS AU CENTRE |
Sur fond de plan 1914 ; localisation
du marais de l'Esparre (remblayé par la décharge municipale
; voir ci-dessus),
du marais Redon (appelé "Les Rodes") , l'étang
de la Tour du Jay et la lone de la Plage - (zoom) |
*
Le marais Redon |
|
*
L'étang de la Tour du Jay et lone de la Plage |
L'étang de la Tour
du Jay au sud de la base aéronavale recueille
les eaux des différents canaux de drainage de celle-ci
- (zoom) |
Arrivée du canal de
ceinture ouest qui draine les eaux du secteur
et qui aboutit au canal ci-dessous à gauche - (zoom) |
Portion de canal situé
au sud/est du marais ci-dessus et
qui va se prolonger dans la lone (à droite) - (zoom) |
Lone de la Plage située
entre la route départementale et les immeubles
sous lesquel l'eau s'évacue ensuite dans le port de la
Plage - (zoom) |
|
*
L'étang artificiel de l'Hotel Plein Sud |
L'étang artificiel
de l'Hotel Plein Sud présente aujourd'hui un "aspect
sympathique" après la mise en place d'un double
système de pompage qui le remplit et le vide d'eau de
mer afin de créer un renouvellement permanent de l'eau.
Cela évite la formation d'odeurs peu agréables,
le développement des algues ainsi que la prolifération
des moustiques - (zoom) |
L'étang a été
vidé en janvier 2006 afin d'en assurer le nettoyage.
Il semblerait que cet étang s'est formé suite
à l'extration de sable nécessaire à la
construction de la piste d'atterrissage pour les avions dans
les années 30 - (zoom) |
|
LES
LONES AU NORD/OUEST |
Sur fond de plan 1914 ; localisation
des lones dont la pluplart sont des "bras morts" du Gapeau
- (zoom) |
*
La lone du Ceinturon et embouchure du Roubaud |
Entrée
du port de plaisance de l'Ayguade... et embouchure du Roubaud
- (zoom) |
Le canal
du Ceinturon... vu du chateau d'Hyères - (zoom)
|
Lone du Ceinturon à
800m de l'embouchure en regardant vers l'est - (zoom) |
Lone du Ceinturon (et Roubaud)
vue du pont de l'Ayguade en regardant vers la ville - (zoom)
|
|
*
La lone de l'Estalle |
La lone de l'Estalle (situé
au nord de l'Ayguade) a des dificultés pour
s'écouler à la mer à cause des dépots
d'alluvions - (zoom) |
La lone de l'Estalle (en
regardant vers l'ouest) draine les eaux de
ruissellement des ruisseaux en amont. La réalisation
du stade de l'Ayguade
a conduit à combler la partie nord de la lone de l'Estalle
- (zoom) |
|
*
La lone de la Dollieule |
La lone de la Dollieule
a les mêmes difficultés que la lone de l'Estalle
pour évacuer ses eaux (voir ci-dessous) - (zoom) |
La lone de la Dollieule
(vue de la piste cyclabe, en regardant vers l'ouest)
se perd des marécages environnants - (zoom) |
Vue à partir du bord
de mer (en regardant vers l'ouest)
|
Malgré l'ouverte
fréquente d'une brèche par les services municipaux
afin de vider l'eau de la lone, le ressac de la mer ramène
en permanence des alluvions qui l'obstrue à nouveaux.
Cet exemple peut éventuellment illustrer la façon
dont a pu se réaliser le cordon dunaire ?? - (zoom)
|
|
LES
ETANGS AU NORD/EST |
*
Les étangs des Vieux Salins |
En dehors des aires de tables
salantes, il existe encore des zones qui nous
rappelle ce que pouvait être les marécages d'autrefois
- (zoom) |
Etangs situés à
l'extrême Est des vieux salins. Les flamants roses
apprécient ces espaces bien paisibles - (zoom)
|
|
|