GEOLOGIE LOCALE
LE DOUBLE TOMBOLO DE GIENS


Préambule
Le double tombolo de Giens est quelque chose qui m'a toujours passionné et je me suis souvent demandé comment celui-ci avait bien pu se former.
N'ayant aucune compétence particulière en géologie, je me suis documenté au fil des années afin d'essayer d'avoir "une approche" à cette question.

Je rédige ci-après "ma réflexion personnelle" avec les documents collectés sur le sujet, sans aucune prétention, mais avec la simple ambition d'un peu vous "éclairer" sur le sujet. Vous pourrez à votre tour vous faire votre propre idée sur ce "fameux mystère" !

Mais qu'est-ce qu'un tombolo ?
La définition courante indique que « un tombolo est un cordon de sédiments reliant deux étendues terrestres. Le plus souvent, il s’agit d’un cordon littoral entre une île ou un îlot et la côte d'un continent ou d'une autre île. Le dépôt sédimentaire (généralement sableux) est le plus souvent causé par la réfraction du train de vagues due à l'île ».

Comment se forme un tombolo ?
La réfraction du train de vagues ? C’est le changement de direction imposé à la houle par un obstacle. Le train de vagues, ralenti et s’incurve en éventail en épousant la forme du rivage. L’élan de la houle est alors cassé, le vent ne pousse plus les vagues dans le même sens, l’énergie de la houle se perd dans le mouvement tournant, la mer lâche prise et tout ce qu’elle transporte tombe au fond. De coup de vent en coup de vent, les sédiments s’accumulent, forment un talus qui ralentit de plus en plus le flux… et finit par créer un rivage.
Pour qu'un tombolo se forme il faut que le rapport "d/L" soit inférieur à 1,5 ("d" est la distance de la côte du continent à l'île et "L" est la largeur de l'île dans la partie qui est parallèle à la côte. Pour notre tombolo nous avons 4km/6,5km= 0,6.
Si le rapport se situe entre 1,5 et 3,5 il y a formation d'un "saillant" à partir du rivage de la côte. Au delà de 3,5 il n'y a plus de dépôts significatifs.

Les doubles tombolos dans le monde
Le double tombolo de Giens est un phénomène géologique rarissime. Il n'en existe que cinq exemplaires dans le monde dont trois
dans la seule Méditerranée occidentale (Giens en France, Orbetello en Italie, et d'Ifach-Calpe en Espagne).

Hypothèse sur la constitution du double tombolo de Giens - (version avril 2013)
Les carottages effectués dans la glace dans la région de Vostok ont permis de reconstituer les variations du niveau des mers au fil des 420 000 dernières années.
Le dernier niveau "haut" des océans remonte à environ 120 000 ans et la dernière glaciation (niveau bas) à 18 000 ans.
Si le double tombolo existait déjà il y a 120 000 ans, il aurait forcement subit l'effet de l'érosion durant les 102 000 ans ou la mer a progressivement baissé son niveau pour atteindre -125 mètres.

En fonction des informations et réflexions détaillées sur cette page , je n'ai pas pu résister à la tentation de réaliser une "simulation" de ce qui "aurait pu se passer" depuis 100 000 ans.

Je vous rappelle que celle-ci n'est qu'une "hypothèse personnelle".

--- Documentation disponible
A partir de nouveaux documents (1) établis par BLANC Jean Joseph (géologue) dont j'ai pris connaissance en ce début d'année 2013, grace à Pierre LAVILLE (géologue), je revois mon hypothèse initiale de 2007 afin que celle-ci soit cohérente avec ces dernières informations.
Je vais utiliser pour cela :
-- Plan A - Une coupe de terrain réalisée à partir d'un sondage au milieu du tombolo ouest,
-- Plan B - Un plan illustrant la présence d'un cordon antique induré devant l'ancienne cité d'Olbia,
-- Plan C - Une coupe de terrain dessinée après la réalisation d'un forage au village de La Capte sur le tombolo Est.
-- Plan D - Une coupe en travers du lit du Gapeau au niveau du quartier du Moulin Premier.
-- Plan E - Un plan illustrant la présence de "paléo-chenaux" dans le prolongement du Gapeau et du Pansard.
--- Réflexions
Si nous nous positionnons dans le temps à -11 000 ans.
-- Pour le tombolo Ouest nous avons des grés indurés datant de 28 000 BP qui nous indiquent une arête rocheuse entre l'Almanarre et Giens sous 3 à 6 mètres d'eau environ. (plan A et B)
-- Pour le tombolo Est nous trouvons sur le plan C :
---- du grés permien à partir de -70 mètres (250 Ma BP),
---- des éboulis à lentilles argileuses rouges de 40 à 70 mètres (de 11 000 BP à 3 Ma BP).
--- Première conclusion
Les différents sondages nous apportent la preuve que le double tombolo dunaire s'est constitué durant la dernière remontée des océans. (- de 18 000 ans). Celui-ci est donc tout récent ..... par rapport aux périodes géologiques.
--- Apport des alluvions
Il est écrit dans certains documents que le Gapeau se jetait à une certaine époque dans le "Port de Toulon". Si nous observons la carte des fonds marins en ce lieu, (plan F), nous constatons que la ligne des -30 m se situe juste au niveau de la digue du port et à seulement 400 m du rivage au large du Cap Brun et du Bou Rouge alors qu'elle est à 3000 m du tombolo ouest. Si le Gapeau s'était jeté dans le port durant quelques milliers d'années, la grande rade aurait probablement était remplie comme du côté d'Hyères. Sauf informations contraires, il peut être considéré qu'il n'y a aucun cours d'eau important qui puisse apporter des alluvions en provenance du côté de Toulon. Je considère alors que tous les dépôts constituant les tombolos proviennent donc du côté Est d'Hyères d'autant que la composition de ceux ci sont constitués de minéraux issus "des Maures" (plan C).


Ce plan de 1814 figure bien le double tombolo. Curieusement le cordon ouest est relativement large par rapport au côté Est - (zoom)


Plan A - coupe sur sondage - (zoom)


Plan B - cordon antique induré - (zoom)


Plan C - coupe sur forage tombolo Est - (zoom)


Plan D - coupe sur fleuve Gapeau - (zoom)

RECONSTITUTION DE L'EVOLUTION EN PLAN

Afin d'essayer de reconstituer la chronologie de la formation du double tombolo, j'ai utilisé comme base de travail une carte de 1638 qui est la plus ancienne et la plus précise, à ce jour en ma possession ..... pour l'époque. Les proportions ne sont que très approximatives, mais c'est le principe que nous recherchons !

* Plan n°1 - Nous sommes en 11 000 BP, le niveau de la mer qui remonte progressivement, est environ à la côte -50 m. qui correspond globalement à la fin des dépôts des éboulis à lentilles argileuses sous le tombolo Est (plan C). Le terrain émergé à ce moment là, remonte progressivement jusqu'au grès induré du tombolo Ouest. Le Gapeau commence à remplir son sillon d'érosion en apportant des alluvions en abondance (plan D) et remplit également les paléo-chenaux (plan E). Le Pansard et le Roubaud y contribuent également.
La coupe du lit du Gapeau (plan D), nous montre que le sous sol profond en rive droite est du grès permien, alors que la rive gauche est constitué de phyllades avec une faille à la jonction des deux.
--- la ligne bleu schématise les rivages au niveau -50 m. [hors alluvions -> rocher brut supposé] par rapport à aujourd'hui = BP --> before present. Le plan E ci-dessous met en évidence le volume des alluvions apporté par le Gapeau entre Giens et le Cap Bénat.

--- La zone" alluvions Gapeau 1", schématise les apports fait par le Gapeau à son stade primaire lorsqu'il arrivait par la dépression de Saint Jean, bien avant les dernières ères glaciaires. Ces dépôts constituent probablement la sous couche de tout ces apports.
--- La zone "alluvions Gapeau 2", schématise les apports fait par le Gapeau à son embouchure actuelle et qui se sont superposés aux précédents en comblant les paléo-chenaux.

* Plan n°2
--- Les alluvions constitués de sables laguno-marins et d'argiles verdâtres puis les vases noires sont progressivement poussés vers l'ouest en direction de l'arête rocheuse située entre l'Almanarre et Giens durant la période de 8 500 BP à 5 000 BP pour faire des dépôts jusqu'au niveau -25 mètres environ. Sous l'effet des vagues, ces alluvions ne se déposent pas à l'horizontale, mais légèrement en pente, comme le fond sableux actuel.


Plan E - Implantation des paléo-chenaux et du niveau marin à -50m
(zoom)

 


Plan F - Mise en évidence des fonds marins supérieurs à 30 m
(zoom --> clic sur carte) - (zoom détail port de Toulon)

 

 


Graphique G - Variation du niveau des océans depuis 19 000 BP
(zoom)



(H) Malgré l'ouverture fréquente d'une brèche par les services municipaux afin de vider l'eau de la lone de la Dollieule (entre l'Ayguade et les Salins), le ressac de la mer ramène en permanence des alluvions qui l'obstrue à nouveaux. Cet exemple peut éventuellement illustrer la façon dont a pu se réaliser le cordon dunaire ?? - (zoom)

Plan n° 1 - (zoom)

Plan n° 2 - (zoom)

* Plan n°3
--- De 5 000 BP à 3 000 BP les dépôts de sable issus des Maures commencent à se déposer :
----- sous le tombolo Est : sur une épaisseur de 25 mètres ( niveau -1 mètre) --> plan C
----- sous le tombolo Ouest : sur une épaisseur de 3 mètres (niveau zéro). --> plan A
Durant cette période, la vitesse de montée des océans a nettement ralenti. Le niveau va se stabiliser vers la côte -1m --> graphique G

----- les vagues amènent progressivement du sable sur l'ensemble de l'arête rocheuse du tombolo ouest. Les vents d'Est déplace ce sable par dessus la dune et créent ainsi la plage de "La Manarre" [Almanarre]. Durant cette période cela peut également permettre la constitution de la zone marécageuse de l'Estève (l'étang de l'Estagnets).
----- Comme vu précédemment, il n'y a pas de possibilités d'apports de matériaux par l'ouest pour constituer cette plage.



Plan n° 3 - (zoom)

Photo retouchée illustrant le plan n° 3 - (zoom)
* Plan n°4
--- Le niveau des océans étant stabilisé au niveau actuel (en mètres) vers 2000 BP, les alluvions sont "ballottés" alternativement par les vents d'Est et d'Ouest..
--- Avec la faible hauteur d'eau, les courants marins commencent à créer l'amorce du tombolo Est à partir de Giens (voir "comment se forme un tombolo" ci-avant).
--- Les alluvions ramenés par les vents d'Est peuvent créer une dune émergée de part et d'autre l'embouchure du Gapeau,
--- Au fur et à mesure que le cordon Est progresse vers le nord, il bloque progressivement, puis totalement, l'apport de nouveaux alluvions vers le tombolo Ouest.

Plan n° 4 - (zoom)

Photo retouchée illustrant le plan n° 4 - (zoom)
* Plan n°5
--- Les dépôts d'alluvions continuent à engraisser le cordon dunaire Est qui finit par faire la jonction avec celui du Gapeau.
--- Les crues du Gapeau commencent à remplir "le couloir" situé entre la côte et le cordon dunaire Est. A ce moment là, les eaux peuvent s'écouler vers l'Almanarre avec celles du Roubaud et se retrouvent emprisonnées entre les deux tombolos. Cela favorise le dépôt de vases d'étangs (plan A).
--- A partir de ce moment là, le tombolo Ouest est totalement privé d'apports de nouveaux matériaux et va commencer à régraisser. Chaque fois "qu'un grain de sable" sera emporté vers l'Est dans le nouveau marais, il ne reviendra plus et tous les prélèvements qui seront faits par l'homme ultérieurement ne feront qu'accélérer le phénomène.
* Plan n°6
--- Les
quantités d'alluvions apportés par les crues du Gapeau commencent à créer des zones de marécages.
--- Le cordon dunaire Est continue à s'engraisser,
--- Lors des orages, le Roubaud alimente "l'étang" qui vient de se former entre l'Almanarre et Giens.


Plan n° 5 - (zoom)


Plan n° 6 - (zoom)

* Plan n°7
--- Lors des crues du Gapeau, les marécages sont progressivement comblés et diminuent de surface.
--- A l'Est de l'embouchure du Gapeau les zones marécageuses sont progressivement aménagées pour collecter du sel à partir du début du millénaire par les grecs puis les romains.
--- A partir de 1480, le Roubaud draine les eaux de fuite du canal Jean Natte et il est canalisé jusqu'à l'étang du Pesquier.
--- Les prélèments de matériaux dans la baie de Giens et les tempêtes contribuent à la lente régression du tombolo Ouest.


* Plan n°8
--- Plans d'archives de 1634 réalisé par Christophe Tassin. Il correspond au plan n° 7 de l'évolution du double tombolo.


Plan n° 7 - (zoom)


Plan n° 8 - (zoom)

RECONSTITUTION DE L'EVOLUTION EN COUPE

L'assemblage des plans A et C, ci-avant, constitué des coupes de terrains réalisées vers le milieu du double tombolo, permet également d'essayer de reconstituer "le puzzle" de la formation du double tombolo en remontant dans le temps. Nous allons "supposer" pour cela que nous avons un dépôt "rectiligne" pour des dépôts de même nature entre les tombolos Ouest et Est.
L'échelle des hauteurs est 5 fois supérieure à celle des longueurs afin de faciliter la compréhension des différentes coupes.

* Coupe vers 11 000 BP
- Sous le tombolo Ouest, les grès indurés du pléistocènes sont en place depuis 28 000 BP. Nous ne connaissons pas son évolution vers l'Est.
- Sous le tombolo Est, les éboulis à lentilles argileuses rouges solifluées à éléments de phyllades de Giens arrivent au niveau -39.5m, alors que le niveau de la mer est à -50m. environ (source CNRS).
Nous avons là une petite énigme car le niveau de la mer devrait se situer au dessus de ces dépôts.
- Nous ne connaissons pas l'évolution du niveau supérieur du grès permien vers le tombolo Ouest.

* Coupe vers 8 000 BP
- Sous le tombolo Ouest, nous avons une couche peu épaisse de matériaux non déterminés au dessus des grès pléistocènes.
- Sous le tombolo Est, la partie supérieure des dépôts des sables laguno-marins et argiles verdâtres de la période du Boréal est au niveau -32.5m.
- La niveau de la mer est au niveau -20m. environ, ce qui est cohérent.

* Coupe vers 5 000 BP
- Sous le tombolo Ouest, un mélange de sables, limons argileux noirs coquilliers et limons lagunaires se déposent sur une épaisseur de 3 à 5m.
- Sous le tombolo Est, le niveau supérieur des vases noires et mattes d'herbiers incarbonisées est au niveau -24.5m.
- Le niveau de la mer est au niveau -3m. environ.

* Coupe vers 3 000 BP
- Sur le tombolo Ouest, le sable qui se dépose en abondance durant cette période va finir par recouvrir les précédents alluvions. C'est à priori, le seul moment ou la plage de l'Almanarre va pouvoir se constituer avant que la formation du tombolo Est ne "bloque" l'apport des alluvions vers l'Ouest.
- Sous le tombolo Est, une épaisseur de 25m. de sables de plage à minéraux issus des Maures s'est déposée.
- Le niveau de la mer est au niveau -1m. environ.

* Coupe vers 2 000 BP
- Sur le tombolo Ouest, la dune s'est formée jusqu'à un niveau +2 mètres et des vases se sont déposées au fond de l'étang.
- Sur le tombolo Est, les dépôts de sable émergent et donnent naissance au cordon dunaire du tombolo.
- Le niveau de la mer est globalement au niveau actuel. Nous pouvons observer que la partie inférieure des dépôts de sable a une pente moyenne de 1,7 cm/m.

* Conclusion
- En fonction des observations ci-avant, il semble que le tombolo Est n'a pu se former et "émerger" de façon permanente que depuis une période inférieure à 3 000 ans. En effet, il y a 5 000 ans, les premiers dépôts de sable se sont fait alors que le niveau de la mer était 20 mètres au dessus.
Pour déposer 20m. de sable, il a probablement fallu plus de 2 000 ans (correspondant à 1m. tout les 100 ans).

Je vous rappelle que tout le texte ci-dessus n'est qu'une "hypothèse personnelle", établie suivant l'argumentation que je viens de développer.

BRECHES SUR TOMBOLOS

 

* Plan n°9 et 10
Ces extraits de cartes de 1715 et 1727, qui sont assez schématique, mettent en évidence une particularité à cette date.
Nous pouvons constater qu'il existe une brèche au travers de chaque tombolo (plage de "la Manarre" et plage d'Hyères).
Ces brèches ont probablement été occasionnées à la suite d'une importante tempête ou un fort débordement du Gapeau au travers des marécages. Le percement volontaire d'un canal est fort peu probable, car à cette époque les pêcheries dans l'étang faisait l'objet d'une activité commerciale.
* Plan n°11
37 ans plus tard, sur cet extrait de carte de 1764 nous constatons que la brèche dans le tombolo Ouest a été obstruée.

Un canal semble avoir été aménagé dans le tombolo Est, afin d'évacuer les eaux excédentaires de l'étang. La bastide des Pesquiers a été construite au niveau de ce canal.

* Autres brêches
Nous retrouvons dans les archives du Conseil Général de la Communauté lors de la délibération du 9 juin 1767 :
"Cette année là le Gapeau a débordé plusieurs fois de façon très importante. Les quantités d'eau ont été telles que toutes les terres au sud du Gapeau ont été envahies ainsi que l'étang du Pesquier. Le niveau des eaux a fini par créer une brèche sur le cordon ouest du tombolo, libérant une grande partie des poissons qui s'y trouvaient."

 


Plan n° 10 de 1727- (zoom)

Plan n° 11 de 1764 - (zoom)

* Carte n°12

Sur carte marine actuelle ci-contre nous pouvons observer, en lisant les chiffres, une déclivité progressive de la plage vers le large sans remontée du fond marin de façon significative. Nous atteignons environ les 25 mètres de profondeur en face le port de La Madrague.

(1) "Les tombolos de Giens, Olbia et le Gapeau : Géologie et contexte archéologique" de BLANC Jean Joseph

Remerciements :
- à Pierre LAVILLE pour les documents qu'il m'a communiqué et qui m'ont permis d'actualiser cette page en avril 2013.
- à mon ami Richard R. pour le prêt de la carte marine
.



Carte marine n° 12- (zoom)
LA LUTTE DESESPEREE DU TOMBOLO OUEST

La flèche littorale orientale qui n'a qu'une largeur de 30 à 80 mètres sur une grande partie de sa longueur, est toujours confrontée au problème de l'érosion, notamment dans sa partie la plus au nord.

Une quantité importante de sable a été prélevée sur le tombolo pour réaliser des travaux :
--- Au XVIIème et XVIIIème siècle, lors de l'agrandissement du port de Toulon.
--- Au XIXème siècle, lors de l'aménagement des tables salantes.
Ces différentes actions ont réduit d'une façon importante et irréversible la largeur initiale du tombolo.

Jusque vers 1800, ce cordon dunaire est la seule voie d'accès jusqu'à la presqu'île de Giens (plan n°1). Elle est quelquefois coupé comme le figure des cartes anciennes de 1715, 1727 (voir ci-dessus) et 1882. Des archives nous indiquent que le cordon ouest a également été rompu lors de tempêtes en 1767, 1811 et 1917.

En 1848, pour protéger les marais salants en pleine extension, on tente de fixer le trait de côte par des enrochements et l'enfouissement de rails de chemin de fer dans la dune, là où ont eu lieu les prélèvements de matériaux. En 1917, le cordon dunaire est à nouveau rompu lors d'une nouvelle tempête.

En 1930, un collecteur d'égout de 600 mm est immergé au large de l'Almanarre (photo n°2) et va donc rejeter une "certaine" quantité d'eau douce au milieu des bancs de posidonies. Leur santé et leur développement étant conditionnés par une salinité devant être comprise entre 37 et 38 grammes par litre ceci ne va pas favoriser leur prospérité.

En 1969, la Compagnie des Salins du Midi cède gratuitement le cordon littoral à la commune, qui s'engage en contrepartie à protéger les marais d'une intrusion de la mer. Celle-ci crée alors une route goudronnée à double sens de circulation de 6m de largeur environ, entre l'Almamarre et Giens afin de décongestionner la route de la Capte durant la période estivale. Ces travaux vont rapidement modifier le fragile équilibre de ce cordon dunaire. Un conduite d'eau potable de 250mm sera également posée en 1970 à environ 20m à 30m du rivage (photo n°3) afin de renforcer l'alimentation de Giens, ainsi qu'une ligne électrique aérienne de haute tension. [Le restaurant "le Passe Pied" sera ultérieurement construit en plein sur cette conduite. A ce jour des "fragments" de cette canalisation se situent à environ 8 mètres du rivage (photo n°4). La plage semble donc avoir reculé de 15m en ce lieu.]

L'ensemble de ces travaux de terrassement va détruire partiellement la végétation qui fixait le sable. Avec l'ouverture de la route à la circulation, c'est 4 kilomètres de plage supplémentaire qui s'ouvre aux touristes.
A ce moment là, plusieurs phénomènes vont venir aggraver rapidement la déstabilisation de la dune :
-- la mise en place d'ouvrages lourds (enrochements et palissades de rondins) destinés à protéger cette route de la mer (photo n°5 + 6),
-- le nettoyage régulier de la plage durant le tiers de l'année afin qu'elle soit "bien propre". Ceci va éliminer tous les bancs de posidonies mortes qui recouvraient le sable et le protégeaient des coups de mer et du vent (photo n°7 + 8).


(1) La carte Cassini de 1780 nous montre que l'accés à la presqu'île de Giens ne se fait que par le tombolo ouest. Sur le tombolo Est le chemin dans la partie nord s'arrête au"Gras passage" de la "Catte" (Capte) - (zoom)


(2) Les brèches dans la dune se produisent pratiquement toujours dans le même secteur nord du tombolo. L'émissaire de rejet en mer est positionné sur le plan - (zoom)


(3) Terrassement en 1970 pour la pose de la conduite d'eau potable - (zoom)


(4) Photo à comparer à la précédente (3)
La conduite d'eau potable de 250mm posée vers 1970 est depuis longtemps abandonnée. Elle est aujourd'hui à environ 8 mètres du rivage et se trouvait initialement sous le restaurant "Le Passe pied" - (zoom)

(5) Reste de pieux et de géotextile de palissades qui
constituaient initialement la protection de l'arrière
de la plage. Cela donne une idée du recul de celle-ci - (zoom)
.
.

(6) Bien que peu efficace, la technique des enrochements
et palissades de rondins est toujours utilisée - (zoom)




(7) Plage "propre" débarrassée des mattes de posidonies.
Cela la rend beaucoup vulnérable aux coups de mer
et à l'érosion du vent - (zoom)
.
.

-- le piétinement systématique des végétaux va les faire progressivement disparaître et le vent d'ouest va déplacer des tonnes de sable dans les marais salants,
-- l'absence d'apports sédimentaires par l'ouest ne permet pas de compenser tout le sable qui est déplacé des zones sensibles,
--
l'herbier de posidonies qui est de plus en plus en mauvais état, ne semble plus jouer pleinement son rôle d'amortisseur de houle et de fixateur des éléments fins,
-- la montée lente, mais régulière du niveau marin ne peut qu'agraver la situation.

Après une importante tempête en décembre 1976, le cordon dunaire est emporté sur plusieurs centaines de mètres et la conduite d'eau potable est cassé en plusieurs endroits. Cela conduira la commune et la Cie Générale des Eaux à remplacer
-- en 1977 une longueur de 1000 mètres,
-- en 1979 une longueur de 800 mètres.
Cette canalisation sera progressivement remplacée sur les 4 km et déplacée d'environ 20 mètres (en moyenne), en bordure du canal de collature des marais salants.
Il est à noter que la ligne aérienne à haute tension a été enterrée pour des raisons de sécurité.

Après chaque tempête, la commune de Hyères va reconstituer le cordon dunaire avec des dizaines de milliers de tonnes de terre et de débris de chantiers. Le cordon qui n'a désormais plus rien de naturel va résister de moins en moins bien, s'effondrant par pans entiers sous l'assaut des vagues (photo n°9). Parallèlement, afin de contenir le recul de la plage, on y a déversé d'importantes quantités de galets roulés prélevés dans la rivière Durance (photo n°10). Or, en générant entre eux des micro-courants, ces galets vont accélérer la fuite des éléments fins et éliminer progressivement le sable (photo n°11).

En 1993, la municipalité soumet à l'enquête publique trois versions d'un vaste projet de réhabilitation du tombolo occidental élaboré par la DDE. Les associations de protection de l'environnement et les scientifiques optent pour la fermeture de la route du sel. Face à eux, les professionnels du tourisme considèrent cette route comme un outil économique indispensable. Plus qu'une desserte de la plage de l'Almanarre, elle est devenue en période estivale un lien nécessaire entre le continent et une presqu'île de Giens qui a été considérablement urbanisée : 20 000 personnes y séjournent l'été, 300 000 personnes y embarquent chaque année pour l'île de Porquerolles, les établissements hospitaliers y emploient plusieurs centaines de salariés; soit un trafic de 16 000 véhicules par jour l'été, dont le tiers utilise la route du sel.


(8) Plage "naturelle" avant nettoyage des mattes de posidonies.
La protection est maximum - (zoom)
.

(9) Remblais qui s'effondrent sous la force des vagues
(zoom)
.

(10) Plage reconstituée avec des galets roulés de la Durance et vestiges de 3 pieux qui maintenaient les palissades en arrière de plage, il y a une vingtaine d'années - (zoom)

Si cette dernière venait à être supprimée, il faudrait doubler la route empruntant le tombolo oriental, supprimer les réseaux d'eau potable, d'électricité et cables marine toujours enfouis dans le cordon dunaire, déplacer l'embarcadère de la Tour Fondue et ralentir l'urbanisation galopante de la presqu'île de Giens. Enfin et surtout, les services de secours mettent en avant la nécessité d'une seconde voie d'évacuation, notamment en cas d'incendie de forêt sur la presqu'île.
Face à la polémique, la municipalité préfère différer sa décision. Or six mois plus tard, le 6 janvier 1994, une violente tempête détruit une partie de la route du sel et ouvre une nouvelle brèche dans le cordon. Tous les projets sont alors abandonnés et la gestion du site est confiée au Conservatoire du Littoral qui accepte de mettre en place un programme de protection et de réhabilitation du tombolo qui consiste essentiellement :
-- à la pose de ganivelles sur l'ensemble du cordon dunaire afin de permettre la reprise et le développement de la végétation qui fixe la dune
(photo n°12),
-- au déplacement de la route en bordure du canal de ceinture des marais salants avec fermeture de celle-ci à la circulation automobile du mois de novembre à avril
(photo n°13 + 14 + 15),
-- à la suppression des parkings dans la partie nord de la route du tombolo, avec ouverture d'un grand parking gratuit (photo n°16) au niveau du giratoire de l'Almanarre,
-- au déplacement de la conduite d'eau potable et de la ligne électrique à haute tension en bordure du canal de ceinture des marais salants,
-- à l'initiation d'un plan global de protection de la presqu’île de Giens, associant l’État et les collectivités locales.

Le Conservatoire du Littoral achète en 2001, les anciens salins d'Hyères.

Depuis le début de ce programme de réhabilitation le bilan est mitigé. Dans la partie sud du tombolo, les ganivelles fonctionnent bien et la plage, profitant des sédiments arrachés à la partie nord, est en phase d'accrétion (photo n°17) . Au nord en revanche, la végétation ne reprend pas (photo n°18) et la mer continue d'ouvrir les deux brèches principales (photo n°19 + 20) ; lesquelles doivent être colmatées quatre à six fois par an. Les dunes sur lesquelles ont été posées les ganivelles commencent à être déchaussées (photo n° 22). Au début du mois de janvier 2001, en une nuit, une tempête a totalement détruit 100 mètres de dune, projetant 1 500 à 2 000 m3 de sable dans le canal situé en arrière de la route (photo n° 21). En cette période pré-électorale, la municipalité s'est empressée de restaurer le site. En moins d'une semaine, 5 000 tonnes de sable de carrière ont été amenées sur le site et la dune a été reconstruite sur 500 mètres de longueur (chantier estimé à plus d'un million de francs).


(11) Détail des galets roulés


(12) Mise en place de ganivelles longitudinales et transversales afin de piéger le sable et de permettre le développement de la végétation - (zoom)


(13) La route originale rejoint progressivement la mer lors de chaque tempête - (zoom)


(14) A droite, la nouvelle route étroite à double voie interdisant le stationnement
des véhicules. Au centre, le talus vierge de toute végétation - (zoom)

(15) La route du sel est barrée de novembre à avril


(16) Grand parking ouvert durant la période estivale
(zoom)

(17) Dans le sud du tombolo ouest la plage est en phase d'accrétion - (zoom)

(18) La fragilité de la dune ne permet pas à la végétation de se développer - (zoom)

(19) Le cordon dunaire de protection a été emporté à droite dans le canal
de collature. La mer est à moins de 10m du bord de la route - (zoom)

(20) Là encore le cordon dunaire artificiel n'a pas résisté - (zoom)



(21) Les posidonies et le sable ont traversé la route pour aller
se jeter dans le canal - (zoom)

Même si la route du sel peut difficilement être supprimée en l'état actuel des choses, force est de constater que le fil directeur des aménagements consiste comme depuis prés de 40 ans à maintenir le trait de côte. Or il s'agit là d'un non-sens écologique dans la mesure où il est impossible de faire coexister sur moins de trente mètres de large une route goudronnée à double sens et un système dune-plage naturellement mobile, qui plus est en régression (photo n° 22).
Un comparatif ponctuel (1000m au sud du début du tombolo) entre un fond de plan de 1970 et une photo satellite de Google Maps fait apparaître un recul du trait de côte de 8 mètres environ. Ce qui fait une régression moyenne de la dune de 20 cm par an en ce lieu !
Plus globalement, outre le fait qu'elle est perdue d'avance, cette lutte va devenir de plus en plus difficile et onéreuse. En effet, le niveau de la mer ne cessant de monter et la plage de reculer, la dune artificielle non végétalisée s'en trouve chaque année plus haute, plus mince et plus abrupte (photo n° 23) , donc plus vulnérable.
Prenant acte de cette fuite en avant, certains responsables prônent aujourd'hui un « accompagnement de l'évolution naturelle ». Il s'agirait de supprimer la route et laisser la mer percer le cordon pour envahir librement les marais, tout en engageant un véritable travail de restauration du cordon.
Il reste encore beaucoup d'obstacles techniques, financiers et politiques à lever pour déplacer sur le tombolo oriental :
-- l'ex "route du sel" (maintien d'une deuxième route de sécurité),
-- les réseaux d'eau potable, d'électricité et câbles téléphoniques (avec difficultés techniques et allongement des réseaux dus au contournement des marais),
-- l'embarcadère de la Tour Fondue (diminution du flux de véhicules vers la presqu'île).
Techniquement, les scientifiques ne sont pas en mesure de prévoir ni de maîtriser le cheminement de la mer dans les marais. Il est donc impossible d'en cerner les conséquences à moyen et long terme pour l'ensemble du tombolo et son environnement proche. A ce titre, les premiers carottages ne sont pas encourageants puisque la quantité de sable disponible serait beaucoup plus faible que prévue.
Juridiquement, on peut s'interroger sur le risque contentieux inhérent à ce type de décision, car, outre la nature et l'intensité des préjudices, il sera difficile d'en déterminer les responsabilités et les atteintes aux propriétés et aux intérêts privés.

Depuis maintenant presque 40 ans, la commune d'Hyères, puis maintenant le Conservatoire du Littoral colmatent régulièrement les brèches ouvertes par la mer dans la partie nord lors des tempêtes.

Les photos illustrant cet article ont été prises en 2008.

Depuis cette date, la brèche sur le point sensible s'ouvre assez souvent lorsque le mistral souffle très fort. Les engins de terrassement remettent alors les lieux en état ...... jusqu'à la prochaine tempête !

Les informations ci-dessus ont été partiellement extraites des sites :
http://rives.revues.org/document49.html
- http://www.cabotages.fr/ - http://www.yaquoi.com/Le-tombolo-de-Giens-une-operation

ainsi que du livre de Georges Bronner "De la rade d'Hyères à l'Estérel" - Editions Jeanne Laffitte



(22) Dans cette partie de la plage, la dune a été emportée
et les ganivelles ont été déchaussées - (zoom)


(22) La plage et la dune reculent vers l'Est et
se rapprochent de la nouvelle route - (zoom)



(23) La plage rétrécie et le talus artificiel devient
de plus en plus abrupt - (zoom)

 
Le marais des Estagnets (vue de Giens) et l'extrémité sud du tombolo ouest.
A gauche la baie de Giens et à droite l'étang des Pesquiers

 

LE CONTE SUR LA FORMATION DU DOUBLE TOMBOLO DE GIENS A HYERES


Le double tombolo de Giens à Hyères est présenté sous forme d'un conte qui retrace l' histoire de sa formation depuis 28000 ans
à partir de documents réalisés par le géologue Jean-Joseph Blanc.

Octobre 2016

LE CONTE DU DOUBLE TOMBOLO

Le double tombolo de Giens à Hyères est présenté sous forme d'un conte qui retrace son histoire du début de notre millénaire jusqu'à nos jours.