HYPOTHESE
SUR SA FORMATION
Préambule
Le double tombolo de Giens est quelque
chose qui m'a toujours passionné et je me suis souvent demandé
comment celui-ci avait bien pu se former ...... et depuis
combien de temps ? ...... plusieurs millions d'années
.... ou bien, moins que ça ?
N'ayant aucune compétence particulière en géologie,
je me suis documenté au fil des années afin d'essayer
d'avoir "une approche" à cette question.
Je rédige
"ma réflexion personnelle" sur cette
page à partir des documents que j'ai pu collecter,
sans aucune prétention, mais avec la simple ambition
d'un peu vous "éclairer" sur le sujet.
Vous pourrez
à votre tour vous faire votre propre idée sur ce "fameux
mystère" relatif à sa formation.
Mais
qu'est-ce qu'un tombolo ?
La définition
courante indique que « un tombolo est un cordon de sédiments
reliant deux étendues terrestres. Le plus souvent, il s’agit
d’un cordon littoral entre une île ou un îlot et la
côte d'un continent ou d'une autre île. Le dépôt
sédimentaire (généralement sableux) est le plus
souvent causé par la réfraction du train de vagues due
à l'île ».
Comment
se forme un tombolo ?
La réfraction
du train de vagues ? C’est le changement de direction imposé
à la houle par un obstacle. Le train de vagues, ralenti et s’incurve
en éventail en épousant la forme du rivage. L’élan
de la houle est alors cassé, le vent ne pousse plus les vagues
dans le même sens, l’énergie de la houle se perd
dans le mouvement tournant, la mer lâche prise et tout ce qu’elle
transporte tombe au fond. De coup de vent en coup de vent, les sédiments
s’accumulent, forment un talus qui ralentit de plus en plus le
flux… et finit par créer un rivage.
Pour qu'un tombolo se forme il faut que le rapport "d/L" soit
inférieur à 1,5 ("d" est la distance de la côte
du continent à l'île et "L" est la largeur de
l'île dans la partie qui est parallèle à la côte.
Pour notre tombolo nous avons 4km/6,5km= 0,6.
Si le rapport se situe entre 1,5 et 3,5 il y a formation d'un "saillant"
à partir du rivage de la côte. Au delà de 3,5 il
n'y a plus de dépôts significatifs.
Les
doubles tombolos dans le monde
Le double tombolo de Giens est un phénomène géologique
rarissime. Ses deux cordons dunaires parallèles et son étang
central le rende exceptionnel. Il en existe moins de dix exemplaires
dans le monde dont trois dans
la seule Méditerranée occidentale (Giens en France, Orbetello
en Italie, et d'Ifach-Calpe en Espagne).
Hypothèse
sur la constitution du double tombolo de Giens
- (version avril 2013)
Les carottages effectués
dans la glace dans la région de Vostok ont permis de reconstituer
les
variations du niveau des mers au fil des 420 000 dernières années.
Le dernier niveau "haut" des océans remonte à
environ 120 000 ans et la dernière glaciation (niveau bas) à
18 000 ans.
Si le double tombolo existait déjà il y a 120 000 ans,
il aurait forcement subit l'effet de l'érosion
durant les 102 000 ans ou la mer a progressivement baissé son
niveau pour atteindre -125 mètres.
En
fonction des informations et réflexions détaillées
sur cette page , je n'ai
pas pu résister à la tentation de réaliser une
"simulation" de ce qui "aurait pu se passer" depuis
100 000 ans.
Je
vous rappelle que celle-ci n'est qu'une "hypothèse personnelle".
---
Documentation disponible
A partir d'un document (extrait
de la page 1) établis par BLANC Jean Joseph (géologue)
et des plans énoncés ci-après dont j'ai pris connaissance
au début de l'année 2013, grâce à Pierre
LAVILLE (géologue), je revois mon hypothèse initiale de
2007 afin que celle-ci soit cohérente avec ces dernières
informations.
Je vais utiliser pour cela :
-- Plan A - Une coupe de terrain réalisée à partir
des informations recueillies sur 3
carottages forés en 1997. Ceux-ci se situaient vers le milieu
du tombolo ouest au droit de la borne 21,
-- Plan B - Un plan illustrant la présence d'un cordon antique
induré devant l'ancienne cité d'Olbia,
-- Plan C - Une coupe de terrain dessinée après la réalisation
d'un forage au village de La Capte sur le tombolo Est.
-- Plan D - Une coupe en travers du lit du Gapeau au niveau du quartier
du Moulin Premier.
-- Plan E - Un plan illustrant la présence de "paléo-chenaux"
dans le prolongement du Gapeau et du Pansard.
---
Réflexions
Si nous nous positionnons dans le temps à -11 000 ans BP :
-- Pour le tombolo Ouest
nous avons des grès indurés datant de 28 000 BP qui nous
indiquent une arête rocheuse entre l'Almanarre et Giens sous 3
à 6 mètres d'eau environ. (plan A et B). A ce
moment là, Giens ne pouvait pas être une île, mais
une simple "presqu'île".
-- Pour le tombolo Est
nous trouvons sur le plan C :
---- du grès permien à partir de -70 mètres (250
Ma BP),
---- des éboulis à lentilles argileuses rouges de 40 à
70 mètres (de 11 000 BP à 3 Ma BP).
---
Première conclusion
Les
différents sondages nous apportent la preuve que le double tombolo
"dunaire" s'est constitué durant la dernière
remontée des océans. (moins de 18 000 ans). Celui-ci est
donc tout récent ..... par rapport aux périodes géologiques
et n'a pas plusieurs millions d'années.
---
Apport des alluvions
Il est écrit dans certains documents que
le Gapeau se jetait à une certaine époque dans le "Port
de Toulon" et même dans le port de Carqueiranne. Si nous
observons la carte des fonds marins en ces lieux, (plan F), nous constatons
que la ligne des -30 m se situe juste au niveau de la digue du port
et à seulement 400 m du rivage au large du Cap Brun et du Bou
Rouge alors qu'elle est à 3000 m du tombolo ouest. Si le Gapeau
s'était jeté dans le port durant quelques milliers d'années,
la grande rade aurait probablement était remplie comme du côté
d'Hyères. Sauf informations
et preuves contraires, il peut être considéré qu'il
n'y a aucun cours d'eau important qui a pu apporter des alluvions en
provenance du côté de Toulon. Je considère alors
que tous les dépôts constituant les tombolos proviennent
donc du côté Est d'Hyères d'autant que la composition
de ceux ci sont constitués de minéraux issus "des
Maures" (plan C).
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RECONSTITUTION
DE L'EVOLUTION EN PLAN |
Afin d'essayer de reconstituer
la chronologie de la formation du double tombolo, j'ai utilisé
comme base de travail une carte de 1638 qui est la plus ancienne et
la plus précise, à ce jour en ma possession ..... pour
l'époque. Les proportions ne sont que très approximatives,
mais c'est le principe que nous recherchons !
*
Plan n°1
- Nous sommes en 11 000 BP, le niveau de la mer qui
remonte progressivement, est environ à la côte -50 m.
qui correspond globalement à la fin des dépôts
des éboulis à lentilles argileuses sous le tombolo Est
(plan C). Le terrain émergé à ce moment là,
remonte progressivement jusqu'au grès induré du tombolo
Ouest et Giens est une "presqu'île". Le Gapeau commence
à remplir son sillon d'érosion en apportant des alluvions
en abondance (plan D) et remplit également les paléo-chenaux
qu'il avait creusé lors de la dernière baisse du niveau
marin (plan E). Le Pansard
et le Roubaud y contribuent également.
La coupe du lit du Gapeau (plan D), nous montre que le sous sol profond
en rive droite est du grès permien, alors que la rive gauche
est constitué de phyllades avec une faille à la jonction
des deux.
--- la ligne bleu schématise les rivages au niveau -50 m. [hors
alluvions -> rocher brut supposé] par rapport à aujourd'hui
= BP --> before present. Le plan E ci-dessous met en évidence
le volume des alluvions apporté par le Gapeau entre Giens et
le Cap Bénat.
--- La zone" alluvions Gapeau 1", schématise les
apports
fait par le Gapeau à son stade primaire lorsqu'il arrivait
par la dépression de Saint Jean, bien avant les dernières
ères glaciaires. Ces dépôts constituent probablement
la sous couche de tous ces apports.
--- La zone "alluvions Gapeau 2", schématise les
apports fait par le Gapeau à son embouchure actuelle et qui
se sont superposés aux précédents en comblant
les paléo-chenaux.
--- Giens est en continuité du continent.
* Plan n°2
--- Les alluvions constitués de sables laguno-marins et d'argiles
verdâtres puis les vases noires sont progressivement poussés
vers l'ouest en direction de l'arête rocheuse située
entre l'Almanarre et Giens durant la période de 8 500 BP à
5 000 BP pour faire des dépôts jusqu'au niveau -25 mètres
environ. Sous l'effet des vagues, ces alluvions ne se déposent
pas à l'horizontale, mais légèrement en pente,
comme le fond sableux actuel.
--- Giens est en continuité du continent.
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Plan n° 1
- (zoom) |
Plan n° 2
- (zoom) |
*
Plan n°3
--- De 5 000 BP à
3 000 BP les dépôts de sable issus des Maures commencent
à se déposer :
----- sous le tombolo Est : sur une épaisseur de 25 mètres
( niveau -1 mètre) --> plan C
----- sous le tombolo Ouest : sur une épaisseur de 3
mètres (niveau zéro). --> plan A
Durant cette période, la vitesse de montée des
océans a nettement ralenti. Le niveau va se stabiliser
vers la côte -1m --> graphique G
----- les vagues amènent progressivement du sable sur
l'ensemble de l'arête rocheuse du tombolo ouest. Les vents
d'Est déplace ce sable par dessus la dune et créent
ainsi la plage de "La Manarre" [Almanarre]. Durant
cette période cela peut également permettre la
constitution de la zone marécageuse de l'Estève
(l'étang de l'Estagnets).
----- Comme vu précédemment, il n'y a pas de possibilités
d'apports de matériaux par l'ouest pour constituer cette
plage.
----- Giens devient une presqu'île, puis un tombolo
simple avec les apports de sable.
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Plan n° 3
- (zoom) |
Photo retouchée illustrant
le plan n° 3 - (zoom) |
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Plan n°4
--- Le niveau des océans étant stabilisé
au niveau actuel (en mètres) vers 2000 BP,
les alluvions sont "ballottés" alternativement
par les vents d'Est et d'Ouest..
--- Avec la faible hauteur d'eau, les courants marins commencent
à créer l'amorce du deuxième tombolo, à
l'Est, à partir de Giens (voir "comment se forme
un tombolo" ci-avant).
C'est peut être dans cette configuration et à cette
période que le port d'Olbia a pu exister.
--- Les alluvions ramenés par les vents d'Est peuvent
également créer une dune émergée
de part et d'autre l'embouchure du Gapeau,
--- Au fur et à mesure que le cordon Est progresse vers
le nord, il bloque progressivement, puis totalement, l'apport
de nouveaux alluvions vers le tombolo Ouest. Dans ces
conditions, les dépôts des limons lors des inondations
du Gapeau peuvent avoir rendu progressivement impraticable les
activités du port.... éventuel.
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Plan n° 4
- (zoom)
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Photo retouchée illustrant
le plan n° 4 - (zoom) |
* Plan n°5
--- Les dépôts
d'alluvions continuent à engraisser le cordon dunaire Est
qui finit par faire la jonction avec celui du Gapeau.
--- Les crues du Gapeau commencent à remplir "le couloir"
situé entre la côte et le cordon dunaire Est. A ce
moment là, les eaux peuvent s'écouler vers l'Almanarre
avec celles du Roubaud et se retrouvent emprisonnées entre
les deux tombolos. Cela favorise le dépôt de vases
d'étangs (plan A). Des brèches dans les cordons
dunaires vont alors se produire pour évacuer ces excès
d'eau vers la mer (voir témoignages ci-après "Brèches
sur tombolos").
--- A partir de ce moment là, le
tombolo Ouest est totalement privé d'apports de nouveaux
matériaux et va commencer à régraisser. Les
courants littoraux et sagittaux vont commencés à
le ronger et chaque fois "qu'un grain de sable" sera
emporté vers l'Est dans le nouvel étang, il ne reviendra
plus et tous les prélèvements qui seront faits par
l'homme ultérieurement ne feront qu'accélérer
le phénomène.
*
Plan n°6
--- Les
quantités d'alluvions apportés par les crues du
Gapeau commencent à créer des zones de marécages.
--- Le cordon dunaire Est continue à s'engraisser,
--- Lors des orages, le Roubaud alimente "l'étang"
qui vient de se former entre l'Almanarre et Giens.
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Plan n° 5
- (zoom)
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Plan n° 6
- (zoom)
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Plan n°7
--- Lors des crues du
Gapeau, les marécages sont progressivement comblés
et diminuent de surface.
--- A l'Est de l'embouchure du Gapeau les zones marécageuses
sont progressivement aménagées pour collecter
du sel à partir du début du millénaire
par les grecs puis les romains.
--- A partir de 1480, le Roubaud draine les eaux de fuite du
canal Jean Natte et il est canalisé jusqu'à l'étang
du Pesquier.
--- Les prélèments de matériaux dans la
baie de Giens et les tempêtes contribuent à la
lente régression du tombolo Ouest.
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Plan n°8
--- Plans d'archives de
1634 réalisé par Christophe Tassin. Il correspond
au plan n° 7 de l'évolution du double tombolo.
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Plan n° 7
- (zoom)
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Plan n° 8
- (zoom)
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RECONSTITUTION
DE L'EVOLUTION EN COUPE |
L'assemblage des plans
A et C, ci-avant, constitué des coupes de terrains réalisées
vers le milieu du double tombolo, permet également d'essayer
de reconstituer "le puzzle" de la formation du double
tombolo en remontant dans le temps. Nous allons "supposer"
pour cela que nous avons un dépôt "rectiligne"
pour des dépôts de même nature entre les
tombolos Ouest et Est.
L'échelle des hauteurs est 5 fois supérieure à
celle des longueurs afin de faciliter la compréhension
des différentes coupes.
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Coupe vers 11 000 BP
- Sous le
tombolo Ouest, les grès indurés du pléistocènes
sont en place depuis 28 000 BP. Nous ne connaissons pas leur
évolution vers l'Est.
- Sous le tombolo Est, les éboulis à lentilles
argileuses rouges solifluées à éléments
de phyllades de Giens arrivent au niveau -39.5m, alors que le
niveau de la mer est à -50m. environ (source CNRS).
Nous avons là une petite énigme car le niveau
de la mer devrait se situer au dessus de ces dépôts.
- Nous ne connaissons pas l'évolution du niveau supérieur
du grès permien vers le tombolo Ouest.

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Coupe vers 8 000 BP
- Sous le tombolo Ouest, nous avons une couche
peu épaisse de matériaux non déterminés
au dessus des grès pléistocènes.
- Sous le tombolo Est, la partie supérieure des dépôts
des sables laguno-marins et argiles verdâtres de la période
du Boréal est au niveau -32.5m.
- La niveau de la mer est au niveau -20m. environ, ce qui est
cohérent.

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Coupe vers 5 000 BP
- Sous le tombolo Ouest, un mélange de
sables, limons argileux noirs coquilliers et limons lagunaires
se déposent sur une épaisseur de 3 à 5m.
- Sous le tombolo Est, le niveau supérieur des vases
noires et mattes d'herbiers incarbonisées est au niveau
-24.5m.
- Le niveau de la mer est au niveau -3m. environ.

*
Coupe vers 3 000 BP
- Sur le tombolo Ouest, le sable qui se dépose
en abondance durant cette période va finir par recouvrir
les précédents alluvions. C'est à priori,
le seul moment ou la plage de l'Almanarre va pouvoir se constituer
avant que la formation du tombolo Est ne "bloque"
l'apport des alluvions vers l'Ouest.
- Sous le tombolo Est, une épaisseur de 25m. de sables
de plage à minéraux issus des Maures s'est déposée.
- Le niveau de la mer est au niveau -1m. environ.

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Coupe vers 2 000 BP
- Sur le tombolo Ouest, la dune s'est formée
jusqu'à un niveau +2 mètres et des vases se sont
déposées au fond de l'étang.
- Sur le tombolo Est, les dépôts de sable émergent
et donnent naissance au cordon dunaire du tombolo.
- Le niveau de la mer est globalement au niveau actuel. Nous
pouvons observer que la partie inférieure des dépôts
de sable a une pente moyenne de 1,6 cm/m. (2450 cm/1500m)
- Dans ce contexte géologique avec un faible tirant d'eau,
en dehors de barques à fond plat, il ne semble pas évident
que dans l'étang du Pesquier :
--- des bateaux aient pu le traverser pour éviter de
contourner Giens,
--- qu'un port ait été aménagé pour
débarquer des marchardises ou des personnes.

*
Conclusion
- En fonction des observations
ci-avant, il semble que le tombolo
Est n'a pu se former et "émerger" de façon
permanente que depuis une période inférieure à
3 000 ans. En effet, il y a 5 000 ans, les premiers
dépôts de sable se sont fait alors que le niveau
de la mer était 20 mètres au dessus.
Pour déposer 20m. de sable, il a probablement fallu plus
de 2 000 ans (correspondant à 1 m. tout les 100 ans ou
1 cm toutes les années).
Je
vous rappelle que tout le texte ci-dessus n'est qu'une "hypothèse
personnelle", établie suivant l'argumentation
que je viens de développer.
Remerciements :
- à Pierre LAVILLE pour les documents qu'il m'a communiqué
et qui m'ont permis d'actualiser cette page en avril 2013.
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